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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 00:27
à la brocante

Hier après-midi, lundi de Pâques, à la brocante devant le stade Chanzy, j’ai trouvé un livre de Francis Carco, Nostalgie de Paris. Je l’ai vu de loin, par terre, sur le bord de la route, à côté d’un lot de romans sentimentaux et de livres scolaires ; un manuel de thermodynamique lui faisait même un peu d’ombre. Je l’ai acheté. Seules les premières pages étaient coupées ; le feuilletant rapidement, j’entrevis qu’on avait écrit sur la seconde page, — il arrive qu’on dédicace un livre en l’offrant, et je me suis dit qu’une fois rentré à la maison, j’arracherai cette page proprement. Le livre a été imprimé sur les presses de l’Imprimerie moderne, 177, avenue Pierre-Brossolette, à Montrouge, le treize mai mil neuf cent quarante-six, il y a presque soixante-huit ans, pour le compte des éditions J. Ferenczi et fils, 9, rue Antoine-Chantin, Paris. À la maison, j’ai coupé toutes les pages, — preuve que cet exemplaire de Nostalgie de Paris n’avait jamais été lu. Je m’apprêtai à enlever la page dédicacée lorsque je m’aperçus qu’il s’agissait d’une dédicace de l’auteur lui-même, Francis Carco, de l’Académie Goncourt. Il dédie son ouvrage à une certaine « Mademoiselle Lombeix, en souvenir de Paris délivré ». Je me demande où est cette Mademoiselle Lombeix aujourd’hui, et pourquoi n’a-t-elle pas lu plus que les quelques premières pages de ce livre qu’on lui avait si cordialement dédicacé.

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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.