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2 juin 2014 1 02 /06 /juin /2014 19:58
avec un stylo-bille trouvé par terre

Il pleuvait l’autre dimanche à Tusson. Une petite pluie discontinue qui s’amusait à éclabousser les éventaires des bouquinistes n’ayant pas eu la chance d’être à l’abri des granges du couvent des Hommes. Je me suis promené parmi les vieux livres et les almanachs, et je pensais à Jean-Claude Pirotte qui venait de nous quitter moins de deux jours auparavant, là-bas, vers la frontière belge. Je me suis dit naturellement que cette petite pluie facétieuse nous venait tout droit de Rethel. Je devais écrire un bout d’article sur l’auteur de La pluie à Rethel, et je me demandais ce que je pourrais y raconter, fumant frileusement ma cigarette roulée sous cette pluie de Rethel égarée jusqu’ici, — dans le nord de la Charente, ce dimanche chafouin de mai. Dans l’après-midi, j’ai trouvé un stylo-bille par terre ; je l’ai ramassé aussitôt en me disant que ce serait bien, finalement, d’écrire cet article sur Jean-Claude Pirotte avec un stylo-bille ramassé par terre sous la pluie de Rethel. Je me suis aussi dit qu’en utilisant ce pauvre stylo perdu, je pourrais bien écrire au dos d’une note de bistrot. Une note ou deux, — ou même trois. (photographie de Philippe Matsas.)

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commentaires

léonie 03/09/2014 12:42

Passionnée par les stylos (à plume, à bille...), j'aime écrire, dessiner, recycler (sculpture avec ancien stylo à bille). Je glanais ici et là quelques inspirations et me voilà sur ce blog, qui m'a beaucoup touché.

kreutzer claudine 30/07/2014 14:06

Il "pleuviote "ce mercredi de juillet,émue devant cette photo de Jean Claude Pirotte,je me surprends à rêver....le rideau de mousseline blanche se soulève doucement ,laissant deviner le moulin ,là haut sur la colline ,tandis que la petite pluie facétieuse poursuit tranquillement son périple...

Une Petite Rue D’Angoulême

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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.