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21 novembre 2014 5 21 /11 /novembre /2014 22:05
Jean Daragane

Il n’est pas encore dix-huit heures et la nuit tombe déjà, mais le ciel est encore presque clair au-dessus des lampadaires qui viennent de s’éclairer le long de l’avenue. Je me suis installé à la terrasse du petit café Chez Dany, sous les arcades, au bout de la rue de Saintes. La station-service est abandonnée depuis tant d’années et, depuis, cet endroit est devenu déprimant, même s’ils ont refait dernièrement le café à neuf. J’attends Catherine qui est de permanence à la bibliothèque. À la lumière de l’éclairage public, je lis le dernier roman de Patrick Modiano. Un personnage féminin, Chantal Grippay, habite un peu plus loin dans la même rue que Gilles, à Paris. Seul sur cette terrasse déserte, j’ai la vague impression que la réalité est aussi distante, précaire et indéfinie que dans les premières pages du roman. À ce moment-là, avec le soir qui vient, il me semble que je baigne dans la même ambiance mouvante d’ombres et de clairs-obscurs du livre. Je me dis que c’est assez émouvant de lire Modiano devant ce carrefour, avec ses feux de circulation qui rythment le flot alterné des automobiles, et ses rares passants regagnant le faubourg proche. La réalité ressemble parfois à un rêve. Ou bien c’est lui qui prend ses quartiers à l’intérieur même d’une réalité pâle et indécise.


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commentaires

artisan serrurier 25/11/2014 13:30

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.

Cordialement

jean paul 25/11/2014 14:59

Merci bien d'être venu regarder le ciel au-dessus de la rue. Mais comment le visite-t-on votre blog ? je ne sais pas très bien me servir des ces modernités-là… dites-moi… merci.

Une Petite Rue D’Angoulême

  • : le ciel au-dessus de la rue
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  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.