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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 19:10
Natsumé Sôseki sur le billet de cent yens

Natsumé Sôseki sur le billet de cent yens

« Faut-il ou non payer la force de travail intellectuel ? Et quel usage faire de l’argent ? Faut-il se dédouaner de toute reconnaissance sociale pour conserver sa liberté, au risque de s’exposer à des difficultés matérielles incontournables ? (Sôseki avait, rappelons-le, une famille nombreuse et une femme dépressive.) » Ryôji Nakamura et René de Ceccatty, préface à Mon individualisme de Natsumé Sôseki, Rivages poche/ Petite Bibliothèque, 2004. Les questions posées par les deux préfaciers et traducteurs sont pertinentes, — ils citent l’extrait d’une lettre dans laquelle Sôseki raconte qu’au bout de quelque temps, on lui fit passer une enveloppe contenant deux billets de cinq yens (sur laquelle était précisé : « modeste gratitude ») pour la conférence qu’il donna le 25 novembre 1914 à l’École des Pairs, lettre où il avoue encore que « cette somme m’a toujours pesé sur la conscience ». Le problème est d’importance, et Sôseki ne le résout qu’en projetant d’offrir tout de go cet argent à l’un ou l’autre de ses amis artistes. Un écrivain se paye de mots, et non point de papier monnaie. Je ne doute pas que Sôseki était assez désabusé pour sourire de ce qu’il aurait acheté des pinceaux en les payant à quelque temps de là d’un billet de cent yens où figurait justement sa grave effigie (!).

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il devient écrivain

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« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.