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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 18:31
Joseph Roth et sa femme Friedl dans le sud de la France, 1925

Joseph Roth et sa femme Friedl dans le sud de la France, 1925

« Il avait acheté du papier neuf, doux et lisse ; il avait l’impression qu’avec ce papier commençait une nouvelle phase de sa vie. Ces détails ont leur importance ; des lettres décisives, des lettres fatales, doivent être écrites sur un papier plaisant, affable, encourageant, gai, sur un papier de fête. Il écrivit cette lettre avec de l’encre violette, afin de la distinguer pour ainsi dire de toutes les autres lettres ordinaires. Il avait, avant tout, à faire un aveu à Madame G… et un aveu qui la décevrait peut-être. Lorsqu’il commença d’écrire, il imaginait que la langue française précisément se prêtait d’une façon particulière à un aveu. Rien de plus facile que d’être sincère en français. La vérité nue, qui a toujours une résonance dure, s’y trouve mollement couchée dans des détours et demeure quand même dessinée clairement ; elle est plus visuelle qu’auditive, comme il convient à la vérité. C’était certainement une lettre qui contenait des fautes, mais il n’est aucune langue où des fautes, aussi nobles et qui s’excusent d’elles-mêmes, sont permises comme dans la française. » Joseph Roth, La fuite sans fin, traduit de l’allemand par Romana Altdorf et René Jouglet, librairie Gallimard, rue de Grenelle, Paris, août 1929.

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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.