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24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 20:43
Utagawa Hiroshige, Pluie soudaine à Shono, une des étapes du Tokaido, 1833-34, Musée national d’ethnologie, Leyde.

Utagawa Hiroshige, Pluie soudaine à Shono, une des étapes du Tokaido, 1833-34, Musée national d’ethnologie, Leyde.

Je ne savais pas trop où j’allais, ni même au juste d’où je m’en revenais. Il commençait à pleuvoir et j’avançais en songeant que c’était une bonne chose d’aller tranquillement sous cette pluie débutante tandis qu’autour de moi, tout le monde courait déjà dans tous les sens pour se mettre à l’abri. Craignaient-ils donc, tous, d’être mouillés ? Bientôt, je fus le seul dans la rue à déambuler sans parapluie. Cependant, je ne cherchais pas accélérer le pas, non, je voulais plutôt flâner, comme s’il avait fait grand soleil au-dessus de ma tête. Je ne tenais vraiment pas à me presser plus que ça sous prétexte qu’il pleuvait. C’était une de ces gentilles petites pluies de printemps qui s’entête à vider toutes les rues de la ville et qui, le plus souvent, y parvient dans le quart d’heure sans trop de difficulté. Ma veste était toute mouillée et mes cheveux dégoulinaient sérieusement. J’imaginais tout de même que si cela continuait de la sorte, je n’allais pas tarder à me raisonner et finir par me réfugier dans le premier estaminet pour me réchauffer et me sécher près du poêle. De la vapeur s’élèverait de ma veste, et cela me ferait penser à une scène d’un roman russe, — arrivé de nulle part, un personnage s’abandonne à la tiède chaleur du poêle d’une auberge improbable. J’étais devenu ce personnage de hasard, et j’étais même cette petite pluie russe qui pleurait dans mes yeux.

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Une Petite Rue D’Angoulême

  • : le ciel au-dessus de la rue
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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.