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2 mai 2017 2 02 /05 /mai /2017 18:26

« Ne rien faire, ne rien dire. »

« Voilà comme je vous lis, cher André Dhôtel : vos livres, vous les écrivez pour amener l’homme à la hauteur de la femme, rude tâche en vérité. Vous tenez ensemble la chair — le flux d’une histoire peuplée — et l’esprit — la délivrance de l’amour par l’amour. Ensemble : ce mot est un clef d’or à votre trousseau de phrases. Les hommes et les femmes apparaissent, dans la vie commune, si peu faits les uns pour les autres que c’en est parfois comique, souvent désespérant. En vous lisant je retrouve une communauté possible, une communauté intacte dessous la communauté détruite. La vieille opposition du réel et du songe, cette distinction amère avec laquelle on agace les dents des jeunes gens, elle est chez vous révoquée : rien ne fait plus rêver que le réel pur. Et puis, permettez-moi cette insolence, le miracle est que par endroits vous écrivez si mal : dans chacun de vos livres j’ai trouvé une zone d’ennui, un marais où l’histoire devenait brumeuse et où les phrases n’avançaient presque plus. J’ai bientôt compris que ces pertes étaient indispensables à l’éclat du livre, qu’elles étaient même une partie constituante de cet éclat, comme les broussailles font corps avec la clairière qu’elles protègent. Il y a, certes, des écrivains qui ont un plus beau toucher de phrase que vous, mais la plupart sont si encombrés d’eux-mêmes que leur livre ne sait comment nous parvenir : cérémonieux, pesant, il s’effondre avant de nous atteindre. Vous, vous avancez à pas léger. Vous ressemblez à votre héroïne qui,  je ne sais plus dans lequel de vos récits, je les confonds tous,, murmure, en tournant le dos à un ami trop raisonneur : je ne songe jamais à ce qui se passera plus tard. » Christian Bobin, L'épuisement, Gallimard, 2015.

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il devient écrivain

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« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

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Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.