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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 01:20

baker-copie-1.jpg

Cela fait plusieurs fois que ce type vient me voir. Il me pose des questions, — comme si je savais. Aujourd’hui nous sommes allés faire une promenade ; il y avait du soleil au-dessus de la cour. Il m’a demandé si je savais ce que c’était, le soleil. Je lui ai dit que je le savais parce qu’il y avait du soleil par chez nous, quelquefois. « Je viens du sud, vous pensez », ai-je ajouté. Je ne sais pas si c’est un flic, ou un avocat, ou quelqu’un dans ce goût-là. Je ne crois pas qu’il pourra m’aider en tout cas. Il me regarde mais il ne me voit pas, — comme si j’étais devenue invisible pour lui. Ou alors il veut voir plus loin, jusque dans le vide de mon cœur condamné.

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commentaires

jean-paul 05/03/2010 00:59


En fait c’est une photographie d’une femme prisonnière (qui va peut-être même être exécutée, je ne sais plus). Ils sont dans la cour d’une prison. L’homme, je ne sais pas au juste ce qu’il fait, —
peut-être regarde-t-il sa montre. Je ne sais pas ce qu’il attend, là. C'est une photographie mystérieuse, parce qu’entre le portrait et la femme debout, son visage et sa silhouette, il y a (pour
moi) une espèce de roman impossible.


Lika 04/03/2010 23:58


Tue penses, Hortense.. : "voir le vide de" "ton "coeur condamné"... ! Pense que c'est un homme, voyons ! Que c'est peut-être même Louis Jouvet qui se cache en baissant la tête. Car il ne te l'avoue
peut-être pas encore, il n'aime pas trop ton vocabulaire, tu lui rappelles ce qu'il disait dans Hôtel du Nord, et ce que, peut-être, Arletty répondait : "Vocabulaire, vocabulaire... le seul mot
d'argot que j'entrave pas"... Un genre de phrase comme ça. Ah, pas facile de trouver la femme de sa vie...


halbo 02/03/2010 18:45


parler lundi du soleil, faut le faire, et puis elle est à l'ombre, c'est lui qui prend toute la lumière, comme un vampire du feu


Lika 02/03/2010 09:35


Elle me ressemble un peu cette femme, à gauche.Elle n'est pas sûre de vouloir entendre ce qu'on lui dit. Est-ce pour cela qu'elle louche un peu ?
Quelquefois, devant un visage qui me frappe, j'en cache une moitié avec une feuille. Je regarde d'abord une moitié, puis l'autre. Jobtiens deux expressions différentes.As-tu déjà joué à cela ?


Kitty 01/03/2010 20:56


Ma robe, mon chapeau, le monde, tout est trop grand pour moi. L'homme lui a su s'ajuster. C'est de se sentir à l'étroit dans ce costard taillé sur mesure que vient sa violence, qu'il cache en
baissant la tête. Il a peur en réalité.


Une Petite Rue D’Angoulême

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  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

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Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.