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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 10:39

Frida-as-little-child--1911_Collection-Cristina-Kahlo_Guil.jpeg

La vie est simple, le matin. Le monde n’est pas encore tout à fait le monde, le soleil paraît enrhumé, et le ciel  s’ébroue comme un petit cheval. Les petites filles sont alignées au même titre que les pots de fleurs sur le muret ajouré derrière elles. Papa a noué sa belle cravate blanche, il a pris son air sévère d’Allemand, coiffé ses derniers cheveux, mis son grand costume, — et nous avons passé en nous chamaillant nos plus jolies robes. Il n’est pas non plus question de sourire : la vie est simple le matin, mais elle est grave aussi. La maison bleue est toute silencieuse. Je me dis que le matin, le silence doit être bleu. Frida as little child, 1911, collection Cristina Kahlo-Guilermo Kahlo.

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commentaires

Lika 15/01/2011 23:14


Celle qui porte son poupon avec tant de douceur me fait de la peine. Ni sa robe trop grande pour elle, terminée en abat-jour, ni le noeud dans ses cheveux ne lui vont. Elle est celle qui n'ose pas
dire non. Et personne n'a envie qu'elle soit belle. Même pas elle. C'est elle qui attire mon attention, longuement.


larry 10/01/2011 22:25


Oui, je crois qu’elle est à droite de la photographie, à la gauche de son père, la main sur la hanche, l'air de dire : « Frida, c’est moi », et question nœuds, dans les cheveux comme sur la robe,
elle décroche le pompon ! Peut-être se dit-elle : « Vous avez vu tous ces nœuds ? ce n’est pas du toc ! » C’est encore l’époque où Frida veut devenir avocate. Ce n’est pas le moment de rigoler.


Kitty 09/01/2011 11:59


Frida, c'est la grande à droite n'est-ce pas ? Merci pour ces mots bleus.


Une Petite Rue D’Angoulême

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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.