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5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 14:36

novalis-copie-1.jpg

« En ce temps-là, Novalis ne vécut que pour sa douleur. Il lui devint naturel de considérer comme un monde unique l’univers visible et l’invisible et de ne distinguer plus la vie d’avec la mort, sinon par le nostalgique désir qu’il éprouvait de celle-ci. Mais en même temps sa vie elle aussi fut transfigurée et tout son être s’abîma dans le rêve lumineux, entièrement conscient, d’une existence plus haute… Il demeura de longues semaines en Thuringe, puis, consolé, vraiment transfiguré, s’en vint reprendre ses occupations plus assidûment que jamais, et bien qu’il se consi- dérât comme un étranger sur la terre. » Ludwig Tieck (traduit par Gustave Roud, in Novalis, Fata Morgana, 2002)

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commentaires

Kitty 05/04/2010 16:26


Quel est ce lieu magique de transformation ? Le coeur de l'Allemagne ou le coeur de Novalis ? Un autre lieu aurait-il opéré différemment ? Sans doute. Novalis a-t-il écrit à ce moment-là ? Et quoi
donc ?
Et voilà, on écrit un petit billet sur son blog et on se retrouve avec plein de questions sur les bras !


Lika 05/04/2010 15:12


J'ai longtemps évité comme extrêmement dangereux pour ma raison, les poètes nostalgiques, mélancoliques, attirés par la mort. Maintenant que je suis mentalement plus solide, je vais pouvoir oser
aller vers eux. Ton texte m'en donne l'envie. Justement, quelqu'un de très soigneux - les pages de "fragments" publiées chez José Corti, ont été coupées avec soin - a oublié chez moi ce beau livre.
Je pensais que c'était Frédéric Martin, coéditeur des éditons Attila qui l'avait laissé ici. Non. Serait-ce donc toi, Larry ? en attendant de te le rendre, je vais enfin y mettre le nez.


Une Petite Rue D’Angoulême

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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

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Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.