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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 00:12

Boris-Pasternak.jpg

« Je crains l’été en ville, le manque d’air, la poussière, l’insomnie, le déferlement de la brutalité — celle des autres, mais qui est contagieuse ; je crains l’idée de l’enfer (souffrance informe). Mais si je profité de l’une des cent invitations qui me tombent dessus, je crains de me noyer dans la douceur de nouvelles impressions, dans la fraîcheur qui résonnera, non pas maintenant, mais fatalement d’ici des années. Je crains de tomber amoureux, je crains la liberté. Je n’en ai pas le droit maintenant. Ce que je tiens entre les mains, je ne peux pas le mettre de côté. Il me faut un an pour m’y accrocher mieux, c’est-à-dire — les métaphores seraient déplacées —, pour le moment je suis condamné à ce rebord de fenêtre et à cet établi par la monstruosité de mes dépenses et mes revenus instables. » Boris Pasternak, Lettre à Marina Tsvétaeva, de Moscou, le 5 juin 1926, traduit du russe par Eveline Amoursky et Luba Jurgenson, éditions des Syrtes, 2005.

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commentaires

Lika 26/08/2010 14:28


Quelle superbe photographie, pour cette superbe lettre. Mais si je me souviens bien, ils étaient trois à correspondre dans un livre que j'ai parcouru un jour, mais sans accrocher... Toi, tu as le
don de découvrir des pépites, même dans le gravillon.
Mais ce n'était peut-être pas dans le volume dont je parle ? Flemme d'aller chercher sur Google. N'ai dormi que quatre heures cette nuit.


kitty 26/08/2010 09:40


Ah Boris, tiens bon la barre.


Une Petite Rue D’Angoulême

  • : le ciel au-dessus de la rue
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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.