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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 00:22

 

Michel est en forme, il a l’air heureux de parler de son vieux copain philosophe. Je me demande s’il l’a connu, Gaston — peut-être. Ils seraient allés boire un café dans un petit bistrot de banlieue et se seraient racontés de drôles de choses sur le monde comme il va (comment va-t-il ?). C’est étrange de les imaginer tous les deux, l’un est un homme du dix-neuvième siècle (il est tout de même né sept ans avant la mort d’Arthur Rimbaud) avec sa barbe biblique et ses yeux rieurs ; l’autre est presque du vingt et unième siècle, sa pensée file loin devant les époques, pour mêler tous les savoirs. « Tu reprendras un café, Gaston ? » 

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commentaires

Lika 15/01/2010 10:19


Très intéressant, ce que dit Michel Foucault - malgré ce ton plutôt "intello parisien"... Je suis curieuse de la voix de Gaston Bachelard. Comment pouvait-elle être ?
Une voix que j'adore : celle de Paul Léautaud, ses éclats de rire, sa façon rocailleuse de rugir: "Mais non, mais non !" Derechef, je vais réécouter "Léautaud-Mallet : Intégrale des entretiens
radiophoniques."
Merci, Jean-Paul pour les élans que tu suscites : cela exactement qui manque à tous les "Bartleby" dont s'est occupé Enrique Vila-Matas...


Pascale 08/01/2010 11:16


C'est vrai qu'il pétille. Je vais me reprendre une verre d'eau et quelques rêves, tiens !


Kitty 08/01/2010 08:45


Merci de nous avoir invités à prendre un café avec Michel !


Une Petite Rue D’Angoulême

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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.