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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 10:48

Hana_ret-copie-2.jpg

Sa respiration fait un petit nuage de buée sur la vitre sale qu’elle essuie. C’est le début du film, elle va s’en aller, quitter cette chambre sombre où elle n’arrive plus à vivre, — son regard est déjà ailleurs, loin d’elle, où son désir pourrait enfin lui ressembler. On ne sait rien d’elle. Elle part mais n’arrivera nulle part (quand on veut se rapprocher du monde, on dirait qu’il prend un malin plaisir à s’éloigner). Cette errance lui filera entre les doigts, comme le sable blanc d’une comptine. Je voulais tourner le film en 16 mm noir et blanc, — raté ! ce fut un banal super 8 en couleur dont certaines bobines trop vieilles étaient voilées… Anna Livia marche dans les rues d’Angoulême, sous des arcades à La Rochelle, sur la plage de Châtelaillon dans une sorte de lumière brûlée, — celle de son cœur perdu.

 

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commentaires

jean-paul 17/03/2010 02:10


Avec son pull rouge, c’est Valeria Bruni-Tedeschi, elle est dans une petite chambre de l’autre côté de la rue, et elle est filmée d’en face, depuis le Palais de justice, à Angoulême. C’est le
premier coup de manivelle du film (et sans doute le meilleur), après ce n’est plus très bon (sauf dans la cabine de téléphone à la gare, mais elle porte un manteau « panthère » horrible…


Lika 17/03/2010 01:27


D'une si belle photo, on pourrait dire encore mille choses...


Une Petite Rue D’Angoulême

  • : le ciel au-dessus de la rue
  • le ciel au-dessus de la rue
  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.