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17 avril 2010 6 17 /04 /avril /2010 01:52

arthur-rimbe-copie-1.jpeg

Il paraîtrait qu'il fut là, pendant cet après-midi africain, le second à partir de la droite, à la droite de cette femme mystérieuse sur ce pâle daguerréotype. Lui-même est passablement mystérieux, effacé, lointain. Il s’appelle Arthur Rimbaud, un type un peu loufoque qui vient du nord de la France, et se livre tout de même à de drôles d’affaires depuis pas mal de temps. Il paraîtrait qu’il écrivit, il y a quelques années, des poèmes. Aujourd’hui il est mêlé à de fructueux commerces plus substantiels. Ce photogramme m’a été adressé par Florent, de là-bas, de la Provence intérieure, du pays du soleil, et je l’en remercie vivement. Je ne suis pas du tout, mais pas de tout certain qu’il y ait deux Rimbaud comme on veut l’admettre communément ; pour moi, l’homme qui sillonne l’Arabie est le même que le poète, il ne peut en être autrement, le même que celui qui décrivit sa terrible, sa longue et cruelle et irrévocable descente aux enfers, — justement, exactement. Au plus près de ses retrouvailles avec l’absolu. Exactement, justement. L’homme sans aucune autre solution que celle de chercher perpétuellement l’or absent du monde. Une totalité irréversible. C’est pourquoi j’aime absolument les deux rimbaud, — qui ne sont définitivement qu’un seul et même Rimbaud à mes yeux. L’admirable défaite de la poésie. Sa durée. Son intensité. Sa folie. L’entiéreté de sa maladie, jusqu'à l'amputation de soi, la diminution d’être, la poésie qui dure dans son infernale impossibilité. Point.

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commentaires

chappert 05/05/2010 22:51


Si les deux Rimbaud sont pris en photo sur cette phtoto, on n'en voit pourtant qu'un seul. Où donc est passé l'autre ? comment est il ? lui ressemble t il ou bien est il vraiment si différent ? La
réponse est dans le négatif, hélas perdu, comme tout négatif, à jamais ... Mais je crois qu'en réalité il prend la photo ou il se cache exactement derrière lui même, et que tout est vrai-
semblable.


Lika 25/04/2010 01:37


Oui, encore...


Kitty 17/04/2010 11:11


Texte magnifique. Et au sujet de Rimbaud : pas mieux, comme on dit au poker.


Une Petite Rue D’Angoulême

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  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.