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29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 00:14

draughtsman.jpg

C’est pendant qu’on taille la plume que l’écriture se met obscurément en mouvement, et je cherche désespérément, depuis hier, comment on pourrait appeler ou décrire ce mouvement particulier (rien n’est encore écrit, et pourtant l’écriture est déjà là). Il peut même arriver que l’écriture s’anime bien avant, pendant qu’on marche dans la rue (où allait-on sinon à la rencontre des mots ?), quand on fait la vaisselle, ou encore, plus usuellement, au moment de s’endormir. C’est alors qu’un simple mot nous apparaît, et, avec lui, dans son sillage innocent, toute une panoplie de mots voisins qui forment le savant aréopage d’un pêle-mêle envoûtant, dont l’inspiration fera tout bientôt un délicat fourre-tout littéraire. Comment appeler cela ? — une rêverie raisonneuse peut-être. L’écriture se tiendrait à mi-chemin entre divagation et réalité, vous exilant aussi bien de l’un que de l’autre, sous l’horizon du désir.  Jean-baptiste Chardin, Jeune dessinateur taillant son crayon, 1737, musée du Louvre, Paris.

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commentaires

kitty 31/03/2011 12:51


Je ne sais pas très bien, peut-être même avant, comme de la terre, du terreau...


Lika 31/03/2011 00:43


Autrement dit, comme quelque chose qui va germer au sein d'un espace ouvert ?


kitty 29/03/2011 13:28


Un mien tibétain de ma connaissance appellerait cela sans doute dharmakaya une sorte "d'espace ouvert".
Lu de matin justement : "Ce sentiment d'ouverture qui survient lorsqu'on est sur le point de dire quelque chose, ou de faire l'expérience de quelque chose, est un certain sentiment de vacuité.
C'est un sentiment de vide fertile, fécond. Cette expérience du vide est le dharmakaya".
Un vide habité en quelque sorte...


Une Petite Rue D’Angoulême

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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

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Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.