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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 10:19
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« Tous les jours à la même heure, Bianca passe par là accompagnée de sa gouvernante. Que dire de Bianca, comment la décrire ? Je ne sais qu’une chose, c’est qu’elle est merveilleusement accordée avec elle-même, qu’elle remplit son programme jusqu’au bout. Avec une profonde émotion, je la vois toujours comme pour la première fois rentrer pas à pas dans son être, danseuse légère dont chaque geste atteint l’essentiel. Sa façon de marcher n’est ni trop gracieuse ni recherchée, et cette simplicité va droit au cœur, et le cœur se serre de joie à l’idée que l’on puisse être Bianca aussi simplement, sans artifice et sans la moindre tension. »
(Bruno Schulz, in Sanatorium au croque-mort)

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commentaires

Lika 22/01/2010 03:20


Un texte superbe, bien sûr. (Tiens ! un moucheron est venu sur ma joue; tout petit, je ne savais pas ce que c'était en passant la main dessus, je l'ai tué. Il était tout petit. Un petit moucheron,
c'est vraiment petit. Et que fait-il ici, en plein hiver ?)
Je vais aller voir où j'ai bien pu mettre mon gros livre de Schulz. Pas maintenant, mais demain. T'ai-je déjà que tu fais un blog qui donne envie d'aller lire les livres dont tu donnes des extraits
? Si tous les journaux littéraires opéraient ainsi, sans le jugement des journalistes, je les lirais davantage.


Kitty 20/01/2010 19:54


Il aime bien quand Bianca rentre à la casa.


Une Petite Rue D’Angoulême

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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.