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7 janvier 2010 4 07 /01 /janvier /2010 19:46
brumes.jpg

Quelquefois on retrouve un vieux livre de poche dans sa bibliothèque (qui n’est toujours pas rangée, ni classée, oh le vilain bibliothécaire que je suis !), et, dès les premières lignes, la prose lancinante et ravageuse de Francis vous tourneboule les sens : « Il n’était que trois heures de l’après-midi, mais une petite brume roussâtre flottait entre les antiques et sordides masures de la rue des Bouchers dont les façades aux frontons à redans et les toits de tuiles noires suintaient d’humidité. Sur les trottoirs, sur les pavés, la même humidité visqueuse faisait briller la terne lumière du jour. »
Un peu plus loin, après avoir fait connaissance avec Feempje, le patron du
Montparnasse, on ira même faire un petit tour dans le passage d’Une-Seule-Personne ! (si vous avez l'estomac bien accroché, vous pouvez continuer votre chemin.) Bon, j’ai l’impression qu’on est bel et bien arrivé au pays des marloux et des pauvres filles de quatre sous. J’ai l'impression que ça va barder d’ici peu ; je vous tiens au courant !

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commentaires

Lika 15/01/2010 10:51


Je viens de comprendre pourquoi j'aime le nom Carco. Ca me fait penser à cargo. Tu donnes toujours envie de lire les livres dont tu parles, quand d'autres, plus on les écoute vanter un livre, plus
on se méfie.


Kitty 09/01/2010 15:15


Kitty qui passait par ici dit : merci Pascale. C'est surtout cet astrophysicien farfelument sérieux qu'il faut remercier.Cette infinité de choses qui sortent de nos cerveaux m'étourdit. Merci les
étoiles !


Pascale 07/01/2010 23:58


Kitty, je vous le dis, j'adore Van Gogh et ce qui l'accompagne.


Pascale 07/01/2010 23:42


Oui, c'est ce qu'on dit... et vous ne lui faites jamais prendre l'air, à cet auteur ? Moi si. Pas plus tard que la semaine dernière je lui ai encore fait voir du beau monde.


jean-paul 07/01/2010 22:56


je suis juste le bibliothécaire de ma propre petite bibliothèque… et l'auteur dont vous me parlez y est l'invité… permanent !


Une Petite Rue D’Angoulême

  • : le ciel au-dessus de la rue
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  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.