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19 décembre 2010 7 19 /12 /décembre /2010 23:21

charlie.jpg

Elle avait téléphoné dix fois, vingt fois à l’hôtel King Arthur, et on avait fini par lui dire qu’il n’y était pas descendu. Où était-il allé ? Que faisait-il ? Son cœur battait très fort, son cœur devenait fou. Elle n’en dormirait pas de la nuit, et demain elle aurait d’horribles valises sous les yeux, — seulement elle ne partirait pas en voyage, elle resterait sagement dans le petit appartement et irait du fauteuil à la fenêtre, puis devant l’évier de la cuisine, ou alors le lavabo de la salle de bain, et elle se verrait un peu dans la glace. Toutes ces heures à côté du téléphone. De temps en temps elle prenait le combiné pour vérifier que la tonalité lui murmurait des choses gentilles dans le creux de l’oreille. Tout n’était pas perdu : on n’avait donc pas coupé le téléphone. S’il l’appelait elle l’entendrait. « Comment ça va-t’y, mon chou », ferait-il tout là-bas dans l’hiver de Cincinnati, Ohio. Ce type la rendrait dingue. Charlie Parker, 1949.

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commentaires

Lika 07/01/2011 00:55


Merci Sabine - même si je ne crois pas aux miracles. Si 2011 n"est pas pire que 2010, ce serait déjà bien... Mais pour vous, que 2011 soit une excellente année.


Sabine 31/12/2010 15:52


Lika, mieux vaut ne pas s'en rendre malade,n'est-ce pas ? Et puis, comme dit Frank BARTELT dans "Le bar des habitudes":" Aujourd'hui on soigne toutes les maladies, les allergies, les idées fixes.
Il existe un remède, une réponse pour chaque désordre du vivant".
Puissent nos artères rester fraîches, même cette nuit...
Joyeux réveillon et bon an neuf !


Lika 20/12/2010 22:30


Ah, ce qui est chouette sur les blogs, cest qu'il vous donnent d'aller relire celui-ci, réécouter celui-là... Je avis aller chercher mes CD de Charlie Parker tout de suite !
Et puis Dorothy Parker ! Qu'on aime donc sa méchanceté tonifiante ! (Comme on aime Thomas Bernhard... '"Les Maîtres anciens", par exemple.)
Sabine, je viens de lire que Dorothy Parker disait de tous ceux qui lui tapaient sur les nerfs : "ils donnent un coup de vieux à mes artères". Oui, trop entendre de conneries, c'est probablement
pire que trop boire d'alcool. Qu'en pensez-vous ?


Sabine 20/12/2010 13:33


La première chose qu'a dite Dorothy PARKER ce matin en joignant les mains: "Je vous en prie, Dieu, faites qu'il téléphone maintenant. Soyez bon, Dieu, faites qu'il téléphone maintenant. Je ne vous
demanderai plus jamais rien, je vous le jure, plus jamais. Ce n'est pas grand-chose et cela vous coûterait si peu, mon Dieu, si peu! Mais faites seulement qu'il téléphone. S'il vous plaît, mon
Dieu, s'il vous plaît."
Dieu est grand.


Une Petite Rue D’Angoulême

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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.