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1 mai 2011 7 01 /05 /mai /2011 11:37

du-bouchet.jpg

Pour écrire, il faut surmonter les grands désastres, la misère des hommes, les événements — et le journal du sommeil — le métier du jour — cette taie d’huile qui nous rend aveugle et sourd — qu’il faut si violemment déchirer pour reprendre contact avec les choses les plus simples. La perte du carnet est une rupture de naissance. Hier, je criais « Non, Non », au milieu du plaisir. Mon comportement essentiel : susciter le mouvement le plus violent, et au paroxysme, le remonter délibérément à contre courant, aussi douloureux que puissent être les remous. Voilà comme viennent les poèmes.  André du Bouchet, Carnet bleu perdu, Fata Morgana, 1998. 

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commentaires

Lika 20/05/2011 23:47


Morelle me console un peu, qui regrette son carnet de voyage. On peut partager, raconter que le carnet ou cahier perdu était justement le plus intéressant, et on sait qu'on va être compris.


Morelle 14/05/2011 14:06


On peut peut-etre faire un receuil des histoires, toujours interessantes, des cahiers perdus. Il y a beaucoup d'annees, quand je voyageait en l'Inde, j'ai perdu le cahier contenant toutes mes notes
de voyage, a travers l'Europe et Asie. Une vache sainte, je suppose, a dechire mon tente et l'a tout mange - sauf une feuille...


Lika 05/05/2011 13:57


Quand tu criais : Non, non!", tu pensais au carnet perdu ?
Un jour d'hiver - j'étais encore infirmière - comme je m'étais assise sur mon cahier dans les jardins du Champ de Mars, car la chaise était en fer, je l'ai oublié sur la chaise en me relevant pour
partir travailler (l'équipe de garde commençait à 15 h) j' l'ai oublié. C'était le cahier 15, presque terminé. Je le regrette encore. Il n'a jamais été retrouvé.


Lika 03/05/2011 00:04


Jean-Marie Barnaud, notre mentor dans un stage chez Cheyne éditeur, nous avait fait plancher sur des vers d'André du Bouchet. On devait tirer des lanières découpées et mêlées dans un chapeau, et
sur chacune, se trouvaient des vers mystérieux. Alors on trichait. On se montrait nos lanières et on les échangeait, si celle du voisin ou de la voisine nous parlait davantage. Bref, un poète
difficile ! Je vais acheter, bien sûr, ce carnet (le titre est caché par le rectangle blanc de mon commentaire : je ne puis lire que Fata Morgana 1998. Après avoir cliqué sur "Publier ce
comentaire, il réapparaîtra, merveille.) Bonne nuit Joao Paulhino !


Une Petite Rue D’Angoulême

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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.