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2 octobre 2011 7 02 /10 /octobre /2011 19:01

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Dans de vieux carnets, des cahiers déchirés ou d’antiques chemises écornées, il m’arrive parfois de retrouver des bouts de chapitres oubliés de romans adolescents. J’en relis timidement les lignes hésitantes sous la lampe au secret du soir. Je sens que je vais commettre un drôle de péché d’immodestie si j’avoue qu’ils me consolent de ma vie errante, — après tout, me fais-je la remarque, elle ne date tout de même pas d’hier, en somme, cette funeste brûlure romanesque. Je me pose bientôt de terribles et embarrassantes questions : si seulement je savais comment on écrit un roman, ou encore : est-ce que je sais ce que c’est, au juste, un roman ? à quoi cela sert-il ? Je doute qu’on puisse se sentir délivré d’avoir écrit un bout de roman (« seulement on l’aura écrit », me murmure la petite voix diaphane de la gentille souris qui me sert de confidente les soirs de pluies), ni même qu’on voie sous un autre angle les choses autour de soi. Non, au final, cela ne change rien. Quand je tourne les maigres pages oubliées, je me représente parfaitement dans quel état d’esprit je me trouvais alors, la plume à la main, grifonnant mes fantômes d’histoires, — et je retrouve cette majestueuse faiblesse à laquelle vous condamne un désir d’écrire trop brouillon.

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commentaires

kitty 12/10/2011 17:48


Oui, majestueuse faiblesse, c'est beau et juste, et c'est pas Rambo, c'est sûr et tant mieux.


Lila 06/10/2011 00:17


Il est beau, ton oxymore : "cette majestueuse faiblesse"...

On le sait bien que l'art ne sert à rien. Pas plus que la vie... Mais cela peut être beau.


Une Petite Rue D’Angoulême

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il devient écrivain

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« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

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Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.