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18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 15:00
kovno.gif

J’imagine que cette photographie a été prise au milieu des années trente, à Kovno, — en Lituanie. Ces jeunes filles doivent être au Gymnasiya Jehudija, et portent l’austère uniforme de leur école. Elles étudient l’histoire, les mathématiques, la biologie et la philosophie. Elles sont très sérieuses (au moins sur la photographie). Elles doivent écrire aussi des poèmes, le soir, sous la lampe jaune de leur chambre, quand elles ont repoussé leurs livres et leurs cahiers sur la table. Elles lèvent la tête sur la fenêtre et regardent la lune, les nuages qui roulent dans le ciel vers Vilnius. Elles sont pleines d’impatience de vivre, et de découvrir le monde (oncle Yekutiel n’est-il pas maintenant à Boston, et Menashe ne doit-il pas partir, en avril, pour Londres ?) Rivke et Hannah ne sont pas sur la photographie, et Libsha ne voulut pas être photographiée ce matin-là. Ah tous ces regards noirs, francs et profonds ! mais pour- quoi, pourquoi ne voient-ils pas que la vie va les trahir ? Bientôt toutes ces jeunes filles intelligentes seront disper- sées aux quatre vents des forêts obscures. C’est pourquoi, aujourd’hui, il faut leur garder une place dans notre cœur.

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commentaires

Norma J 24/03/2010 10:31


Comme Lika la cruelle, j'aime beaucoup votre regard et je suis touchée par votre hommage. Par cette attention bienveillante qui redonne vie à ces jeunes filles intelligentes et intrépides.

J'aime les " regards noirs, francs et profonds". C'est tellement juste.

J'ai pensé à l'ouvrage "les disparus" . A partir de quelques lettres, de photos et de la parole de survivants immigrés aux USA, Daniel Mendelsohn tente de découvrir de Sydney à Stockholm, de Miami
à l'Ukraine qui étaient l'Oncle Shmiel, sa femme, Ester, et leurs quatre filles.

C'est un récit magnifique et laïque. On pense "A l'ombre des jeunes filles en fleurs". Je vous le recommande, si vous ne l'avez déjà lu.

Merci de ce beau texte.


Lika 21/03/2010 23:49


J'aime ce que tu dis de ces jeunes filles.


Une Petite Rue D’Angoulême

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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

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Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.