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7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 12:11

tu--mio.jpg

Les jours devenaient plus denses, départs imminents, occasions de rencontre désirées avec fougue. Je ne voulais pas compter le temps, mais il était mesuré. Aussi, je cherchais Caia en espérant la trouver seule. Et alors les rencontres se produisaient. Elle remontait de la mer ses sandales à la main, les pieds couverts de sable, elle me vit et je me surpris à faire un geste brusque le bras tendu, comme on fait à l’autobus à un arrêt. Ce n’était pas un salut, c’était un sursaut irréfléchi, déplacé. Nous fûmes tout près l’un de l’autre, elle me dévisagea avec sérieux et me parla comme si elle poursuivait une conversation déjà entamée. « J’appelais mon père “ tate ”. Dans la langue de chez nous, le yiddish, ça veut dire papa. Tu viens de faire un geste que mon père faisait à l’autobus de l’école qui me ramenait tous les jours à la maison. Je regardais toujours par la fenêtre pour le voir et il était toujours là qui m’attendait. C’était ma première année d’école. Tu as eu le même geste et j’ai senti des frissons le long de mon dos. Tu vois, j’ai la chair de poule. Ce n’est pas la première fois que je sens quelque chose de mon père en toi. » Erri De Luca (in Tu, mio, éditions Rivages, 1998) 

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commentaires

Pascale 08/02/2010 19:21


Avec "Trois chevaux", son plus beau livre...


Une Petite Rue D’Angoulême

  • : le ciel au-dessus de la rue
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  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
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il devient écrivain

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« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

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Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.