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19 mars 2010 5 19 /03 /mars /2010 17:55

giorgio.jpg

« Un mien ami disait : “ Il est nécessaire d’écrire, il n’est pas nécessaire de publier ” ; vérité d’une certaine pro- fondeur, que nous retrouvons dans son contraire, celui que je suis en train de vivre : “ Il est nécessaire de publier, il n’est pas nécessaire d’écrire ”. En guise de démonstration du bien-fondé de cette assertion, je me permettrai d’offrir au typographe une ligne inexistante :

Comme vous l’avez vu, cette ligne n’existe pas ; elle n’a été écrite en aucune façon, pas même la plus vague ; c’est une ligne de néant, et pourtant elle a exactement la longueur qu’elle devait avoir, elle a un numéro d’ordre dans la page, elle me rapproche de la fin de la page. C’est une véritable ligne, il n’y a pas de doute ; et pourtant, bien qu’elle soit publiée, elle n’a pas eu besoin d’être transcrite. Personnellement, je considère cette ligne blanche comme la seule ligne véritable de tout le passage que je suis en train d’écrire, la seule qui corresponde avec une maniaque exactitude à la règle, à la loi : “ être publiée mais pas écrite ”. C’est une ligne qui pose de nombreux et difficiles problèmes de théorie de la publication, et j’aimerais que cette ligne mystérieuse et inoffensive soit le point de départ d’une Rhétorique de la publication, ou d’une Théorie du non-écrire, ou de Principes finals de la littérature inexistante. » Giorgio Manganelli, La riga bianca, in Prospettive Settanta, avril-juin 1975 (La ligne blanche dans le recueil Le bruit subtil de la prose, traduit par Dominique Férault, Le promeneur, éditions Gallimard, 1997.)

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commentaires

Lika 24/03/2010 02:06


Quand on est très fatigué, un tel visage peut vous décourager d'aller lire le billet qui l'illustre. Ce soir, j'ai lu.
Le long de la ligne blanche passent trois wagons appelés Houlà-Houlà-Houlà.Et comme je suis fatiguée ce soir aussi, je n'ai pas vu la locomotive.Trois wagons ne peuvent pas passer sans locomotive,
n'est-ce pas ? Il est temps que je me couche... Bonne nuit,Larry !


halbo 20/03/2010 11:00


peut-être faudra-t-il, pour visualiser cette ligne, la mettre entre guillemets ou, mieux encore, la mettre entre deux lignes blanches? et puis que faire avec les deux autres lignes blanches, au
début et à la fin du texte?


jean-paul 19/03/2010 18:47


Comme quoi on peut porter une chemise blanche, une cravate, un costume gris et un pull col en v et avoir l’air très très sérieux derrière ses lunettes sans l’être tout à fait… Toto.


Une Petite Rue D’Angoulême

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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

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Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.