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7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 01:08

Interiorambdonajoveesquena.jpg

Il s’agit d’Hammershøi, peintre de chairs mortifiées, de formes sombres n’offrant que le dos au regard en ces embrasures où, tristement vague, flotte la lumière. Et, brusquement sauvées, auprès des buffets stables, des pâleurs du jour engourdi dans un psaume, carrefours innocents, impatients d'émerger à la cime de respectables habits noirs — à cette place, j’eusse volontiers placé le corps tout entier — en costumes de servantes ou, c’est tout un, d’épouses, dans une maison roide aux angles puritains, en favorable humeur, offertes pour toujours par l’ordre sévère des chignons, à ces gens perspicaces dont le thé refroidi entretient la candeur au long de corridors d’un vide serré, petits monuments nostalgiquement joyeux : les nuques de femmes. Ingrid Auriol, Solives du temps, proses — pour Nadim El Malki (Vilhelm Hammershøi, Intérieur avec une jeune femme vue de dos, 1903-1904, huile sur toile, Randers Kunstmuseum, Randers, Danemark).

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commentaires

Lika 14/09/2010 16:16


C'est un bien beau tableau. Tu ne mets plus de guillemets, de sorte qu'on ne sait pas si c'est Ingrid elle-même qui a écrit cela. Mais cela ne me surprendrait pas.


halbo 10/09/2010 10:47


des nuques – à mordre dedans


kitty 07/09/2010 12:26


C'est en effet quelque chose, ce petit espace de chair au milieu des couleurs minérales. J'ai du mal cependant à y voir un signe joyeux...


Une Petite Rue D’Angoulême

  • : le ciel au-dessus de la rue
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  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

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Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.