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21 septembre 2010 2 21 /09 /septembre /2010 19:14

Eisenberg-Brothers--from-27-Lewis-Street.-Benjamin--8-years.jpg

Je suis à l’intérieur de mon histoire, elle est déjà lointaine, presque impersonnelle, écrite sur les pages jaunies d’une enfance perdue. A cette époque, je ne savais pas qu’il s’agissait d’une histoire, et encore moins de la mienne — je me demande bien d’ailleurs à quel moment sait-on qu’on s’est embarqué dans la vie à bord de sa propre histoire. Je ne suis pas du tout sûr, du reste, qu’il s’agisse bien de ma vie. Tout cela me parut, très tôt, trop prétentieux. Je ne sais pas où je vais. Si la vie, c’est de ne pas savoir où l’on va, alors il me semble que c’est dans cette direction approximative que je vais, ou à peu près. J’avais un frère. D’un an plus jeune. Je l’ai perdu quelque part au détour d’un des tout premiers chapitres du récit de cette enfance hasardeuse. Existe-t-il, dans la langue française, un mot pour dire qu’on est orphelin de son propre frère ? Lewis HineEisenberg brothers, from 27 Lewis Street (Benjamin, 8 years old, and John 10), selling Jewish papers on East Broadway near Rutgers Street.

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commentaires

Lika 16/12/2010 11:41


Je ne sais pas si ce nom existe. S'il existe, j'aimerais bien le connaître. C'est toujours émouvant de découvrir un mot qui prend tout de suite place dans le puzzle de votre propre histoire, se
sent chez lui comme s'il y avait toujours été.


Une Petite Rue D’Angoulême

  • : le ciel au-dessus de la rue
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  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.