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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 13:22

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Très cher et bien honoré Joseph, est-ce que ce n’est pas un tantinet un peu tard pour vous mettre enfin à le corriger, votre roman ? On dirait bien tout de même qu’il a déjà été publié, mais cela ne vous empêche pas le moins du monde de rayer toute une page (!), et de recommencer à écrire dans la page de droite, tranquillement, sereinement, obstinément. Ah, on peut dire que je suis complètement sous le charme de votre écriture, et de votre façon allègre, vivifiante, et joyeuse, de travailler. Qu’avait-elle donc raconté, au juste, cette pauvre page de gauche qu’elle ne vous séduisît plus et ne reçût plus la moindre compassion de votre part ? Il me semble qu’à droite, vous avez également la rature facile et volage ; vous n’hésitez pas à vous reprendre, à vous renier même, et à faire se succéder et s’enchaîner substantifs et adjectifs par de jolies arabesques fléchées qui font la course sur la page. Il me vient une idée : peut-être la page de droite n’a-t-elle rien à voir avec celle de gauche. C’est le beau chiffre romain tout en haut qui me fait dire ça : il n’est pas absurde de songer que vous venez, à l’instant, de commencer un nouveau roman, à l’intérieur d'un autre (qui n’est peut-être même pas de vous…), parce que vous n’aviez pas de papier sous la main, et pour éviter toute embrouille, — vous avez formé une grande croix sur la page de gauche. Mais je ne sais pas lire l’allemand, et demeure au milieu de mes tendres, délicates et inutiles rêveries.      

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commentaires

Lika 15/01/2010 19:15


Entre les anciens textes que je n'ai pas lus, et les nouveaux, tout frais, qui arrivent, je ne sais plus où donner de la tête.
C'est vrai qu'on peut se poser les questions que tu te poses sur ces deux pages de notre "très cher et honoré" Joseph Roth. Moi, je verrais aussi qu'il a pu biffer tout un chapitre - le premier -
et qu'il recommence tout; en gardant la trace de l'ancien texte, pour le cas où il reviendrait à son idée première. Donc : 12 suit 11.
Avec les écrivains il faut s'attendre à tout.


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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

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Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.