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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 10:18

hiroshima.jpg

Ils sont là-bas, à Hiroshima, dans la difficile renaissance du monde, mais si Eiji Okada est prêt, Emmanuelle Riva, elle, est encore dans la souffrance absolue de son amour crucifié de Nevers. Resnais filme l’écroulement de la réalité et le surgissement de la modernité. Au milieu de cet incompréhensible balancement l’amour est douloureux. Le front d’Emmanuelle est soucieux. Elle va reprendre l’avion demain. Il faut donc aller jusqu’à Hiroshima pour « voir » Nevers, et revenir en France pour être encore dans l’inadmissible bonheur parfait d’Hiroshima. Hiroshima mon amour, d’Alain Resnais (scénario et dialogues de Marguerite Duras, 1959). 

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commentaires

Lika 29/04/2010 10:58


"La folie d'un "inatteignable" (...) intérieur ('nai pas pu écrire tout parce que le commentaire cache ton bout de phrase) c'est très bien dit. Nocolas Abraham et Maria Torok ont étudié cela. Une
révélation.


Lika 25/04/2010 01:31


Mes impressions d'alors : je me disais : c'est quoi, ce qui brille sur leur peau ? du sable ? de l'or ? et pourquoi ?
Je me disais : elle est belle, je voudrais lui ressembler, elle est bien habillée, bien coiffée, "elle a tout pour elle" et donc, ses douleurs doivent être sûrement respectables, malgré le fait
qu'elles soient contées de manière si "littéraire"... J'étais gênée par ce ton précieux.
Il est donc temps de revoir le film, à l'occasion, cinquante après, on va dire.
Après "Un Barrage contre le Pacifique", les seul livres de Marguerite Duras qui m'aient vraiment touchée, c'est "Emily L", et "l'asprès-midi de monsieur andesmas".
Je pense à une phrase de Picasso : "le pire ennemi du peintre, c'est le style.


Norma J 21/04/2010 17:03


Oui, l'amour d'Iroshima, c'est indépassable.
Le profil de Eiji enfoui dans les cheveux d'Emmanuelle, 3/4 face caméra, avec sa douleur. Si belle.
Les lumières rasantes, leurs mains, cette façon si particulière qu'il a de la toucher, et celle de Resnais de filmer leurs caresses de joue à joue, les plis du drap, la voix off.

J'ai vu ce film pour la 1° fois au ciné club du collège. Passer de Nevers à Hiroshima, d'une histoire d'amour à l'autre dans cette narration brisée où tout est implacablement linéaire et lisse.

Je venais de découvrir Duras et je me souviens avoir clairement pensé que ma vie était pleine de promesses.
J'aime aussi "Nous serons toujours seuls, mon amour".


toto larry fleyt 20/04/2010 12:51


Oui, moi aussi, comme vous, j’aimerais beaucoup le revoir, ce film. Je me souviens d’un travelling avant incroyable dans les rues reconstruites d’Hiroshima, au milieu des lumières des enseignes, —
pendant que la voix d’Emmanuelle ose son « Tu me tues, tu me fais du bien ». Que dire d’autre ? L’amour d’Hiroshima, c’est indépassable, c’est la folie d’un « inatteignable » si proche, si
intérieur, — pour le dire vite, et mal.


Norma J 20/04/2010 11:38


Vous me donnez envie de revoir le film et de relire Duras.


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il devient écrivain

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« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

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Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.