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6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 00:08

jaufrerudel.jpg

C’est une chanson du milieu du douzième siècle ab bons sons, ab paubres motz de Jaufré Rudel. Il y chante l’amour de loin : une très-gentille dame du pays des croisades a ravi son cœur. Le pauvre chansonnier est malheureux de son bonheur, et heureux de son malheur. Il partira cependant pour le Levant, où il parviendra plus mort que vif ; la légende veut que la comtesse lui redonne assez de vie pour qu’il puisse la contempler dans un souffle une seule et unique fois, — avant de rendre, apaisé, son âme à Dieu. Dans La fleur inverse, essai sur l’art formel des troubadours, Jacques Roubaud prétend que « Le sens formel de la canso est celui-là : l’amour de loin est affirmation absolue de l’amour ; mais il est aussi la défaite de l’amour, son néant. » Pour ma part, je crois que l’amour n’est pas davantage à l’œuvre dans la solitude ingrate du chansonnier que dans les rêves colorés de la dame de l’autre côté de la mer, — mais très exactement dans la distance même, le lieu mouvant et exorbitant de leur union. Les chansons, de Jaufré Rudel, éditées par Alfred Jeanroy, librairie ancienne Honoré Champion, Paris, 1915.

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commentaires

Lika 14/09/2010 16:50


Moi qui n'aime pas le mot "absolu", j'aime ce "l'amour de loin est l'affirmation absolue de l'amour". Sans ce mot, le phrase serait - cela semble paradoxal - péremptoire.
et quelle est adorable, cette illustration...


Une Petite Rue D’Angoulême

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il devient écrivain

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« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

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Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.