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4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 23:41

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C’est presque minuit, au Taj Mahal flotte l’air d’un marché qui ferme boutique. Le grand hôtel, l’un des plus renommés du monde, miné de part en part de corridors et de salons aux plafonds très hauts (on a l’impression de déambuler dans un gigantesque instrument de musique), n’est empli que de boys vêtus de blanc, et de portiers coiffés du turban de gala, qui attendent le passage de taxis douteux. Ce n’est pas le moment, non vraiment pas, d’aller dormir, dans ces chambres vastes comme des dortoirs, chargées de meubles fin de siècle hétéroclites, avec leurs ventilateurs pareils à des hélicoptères.

Pier Paolo Pasolini
(L’odeur de l’Inde, traduction de René de Ceccatty, Denoël, 1984) 

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commentaires

Lika 14/01/2010 10:14


La voilà, la solution : lire ton blog pour savoir de quels livres je vais avoir envie. En effet, j'ai laissé tomber les magazines littéraires depuis un sacré bout de temps, car je veux seulement
lire ce qu'écrit l'auteur, et non connaître l'opinion de journalistes.
Ils me semblent beaux, ces passages que tu choisis. Ton blog va m'être précieux, cher Joao-Paulhino. Ne manquera que ta belle écriture.


jean-paul 05/01/2010 11:32


en fait c'est la première phrase du livre, — je ne suis pas allé bien loin… La dernière n'a pas de point: « Jamais, en aucun lieu à aucun moment, dans aucun acte, durant tout notre séjour indien,
nous n'avons éprouvé un aussi profond sentiment de communion, de tranquillité, et, presque, de joie »
(la scène montre Moravia et Pasolini près d'un bûcher où se consument de « pauvres » morts)


Pascale 05/01/2010 10:40


Heu, dis JP, tu ne serais pas aller lire mon site par hasard ? C'est la seule phrase que je cite de ce livre. Ou alors nous ne retenons souvent que les mêmes odeurs d'un livre ;-).


Une Petite Rue D’Angoulême

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  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.