Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 août 2010 7 15 /08 /août /2010 18:35

 

Vittoria ne marche plus dans les rues de Rome ; elle ne viendra pas attendre Piero au carrefour près de chez elle. Au début du film, elle avait quitté Riccardo dans une aube grise et sale, et on savait tout de cette nuit terrible de leur séparation dont témoignait chaque objet vacant de l’appartement. A la fin du film, Antonioni choisit de nous laisser à ce même carrefour — et on ne sait plus rien. Que se passe-t-il, que s’est-il passé dans la vie, dans le cœur de Vittoria ? Antonioni nous abandonne dans cette fausse nuit de l’éclipse, une nuit extérieure et étrangère, la nuit d’une sorte de satori, où seuls frémissent encore les lourds feuillages des arbres noirs. Le monde se géométrise dans l’éternel hors-champ d’une modernité muette et fantomatique. Le souvenir de la gravité sublime de Vittoria hante déjà nos consciences. L’Eclipse, de Michelangelo Antonioni, avec Monica Vitti (Vittoria) et Alain Delon (Piero), scénario de Michelangelo Antonioni, Tonino Guerra, Ottiero Ottieri et Elio Bartolini, 118 mn, Prix spécial du jury, Cannes, 1962.

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Lika 16/12/2010 13:40


je ne m'étais plus rappelé la musique au piano de Prokofiev... Bizarre.
Me voilà donc remontée jusqu'au 15 août, chez toi. Et je dois abandonner. Ce soir, peut-être découvrirai-je "léa,léa" ? ou demain. Philippe part en Bretagne ce soir, des nièces arrivent... et il
faut aller écouter des poètes amis, vite, avant leur dispersion dans toute la France...


Lika 16/12/2010 13:33


Cet extrait m'a beaucoup intéressée. On change donc, avec le temps. Car je n'avais pas aimé le film. Il faut dire que je n'aimais pas l'expression si tragiquement photogénique de Monica Vitti... et
que j'évitais ses films, à la longue...


Une Petite Rue D’Angoulême

  • : le ciel au-dessus de la rue
  • le ciel au-dessus de la rue
  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
  • Contact

visites

Recherche

il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.