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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 17:21
larmes-de-spinoza.jpg

« Puis ce fut la rentrée de Noël. À l’âge où sur les bancs l’on regarde ses voisines sans bien savoir pourquoi, sinon pour répondre à un sourire volé dans une file au long d’un couloir, comme si chacun devait se perdre un instant, croyant avoir surpris dans le regard furtif de l’une d’elles quelque chose de cette infinie tristesse dont on pense, en ces années d’apprentissage, qu’elle seule peut se partager. Ainsi la mélancolie prenait-elle place parmi nous, à peine nous venions de tirer sous nos fessiers une chaise en contreplaqué dont les tubes des pieds laissent sous leur tampon de mousse écrasé des traces noirâtres sur le revêtement plastifié façon faux marbre. »
(
Pascal Commère, Au bic rouge, in Les larmes de Spinoza, Le temps qu’il fait, 2009.)

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commentaires

Lika 17/03/2010 01:14


Si Pascal Commère avait eu pour maman la mère de Pierrette, qui exigeait : "Des phrases courtes, ma chérie", j'aurais préféré...
Le roman de Pierrette Fleutiaux "Des phrases courtes, ma chérie", a été publié en 2010 par Actes Sud / Leméac.
Ce livre, je l'ai aimé. J'ai arrêté mon commentaire un instant pour commencer à le relire. Il m'intéresse, bien que je ne me souvienne plus du tout de ce début. Je vais continuer, une fois couchée.


Pascale 13/03/2010 18:57


Je viens de lire "Noël hiver" (Le Temps qu'il fait, 2010). Je n'avais jamais lu Pascal Commère, combien j'aurais aimé écrire ce livre.


Une Petite Rue D’Angoulême

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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.