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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 15:40

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La voix de Catherine Mouchet, ce n’est pas une voix, cela vient de beaucoup plus loin, c’est une attente, c’est une distillation d’infinis. C’est le tremblé d’un cœur rare, une claire oscillation du menuetto des sentiments qui déroute et égare la parole jusqu’en ses fragiles et sourdes élégances. C’est une voix à la fois pleine de légèreté et de gravité, comment le dire ? une voix qui nous arrive peut-être de très anciennes campagnes, celle d’une jeune fille qui rêve de fées, découd les promesses renversantes de fuyants chevaliers, et qui philosophe avec les sorcières sous la lune d’octobre. On ne sait plus au juste d’où elle vient, cette voix voyageuse, mais elle est là, dans l’immensité de son extrême dénuement. Une merveille de modulations délicates, — la basse continue d’intimes et lents murmures. 

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commentaires

Norma J 09/03/2010 09:29


Oui, c'est précisément ce que je voulais dire.
La grâce ou bien les émois que certaines femmes succitent en vous et comment ces petites choses qui leur échappent vous font vibrer aussi sûrement qu'un coup sur un gong (si je puis me permettre).


jean-paul 08/03/2010 01:10


Non, je suis touché seulement par la voix d’autrefois de Catherine Mouchet, quand elle cherche ses mots, parfois, et, en modulant leurs failles, délivre leurs échos d’une parfaite et profonde
émotion.


Norma J 05/03/2010 19:56


Comme vous parlez bien de l'univers féminin.
Vous êtes touché par la grâce


Une Petite Rue D’Angoulême

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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

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Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.