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23 mars 2010 2 23 /03 /mars /2010 16:41
grognon.jpg

Nous faisions encore, il n’y a pas si longtemps, un journal littéraire qui s’appelait le paresseux (il reste, du reste, à composer une dernière livraison, toujours en attente, — cela traîne comme pour conforter le choix judicieux du titre) ; le prochain journal que nous pourrions faire, entre amis, devrait en fait s’appeler « Le Grognon » (il paraît que j’en serais un), et ainsi ses colonnes recueilleraient-elles toutes nos belles récriminations sur le monde comme il va (mal). Je pense qu’à l’heure d’aujourd’hui, toujours actuelle, il aurait quantité de lecteurs, qui seraient ses fidèles abonnés, et qui retrouveraient dans ses pages toutes les (bonnes) raisons d’être dubitatif, et vaguement maussade. (On dirait que ce billet tient presque de l’éditorial ! — ce dont le paresseux a toujours su se passer allègrement.)

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commentaires

Larry 06/04/2010 11:05


Chère Lika, ce n’est surtout pas Michel Tournier, c’est bien JACQUES Tournier, celui qui a écrit un si beau livre sur Carson McCullers, Retour à Nayack (Le Seuil, 1979)


Lika 06/04/2010 10:29


regarde plus haut, Larry, du côté du livre à couverture jaune vif de Michel Tournier. J'ai une idée pour ton futur journal. Qu'en penses-tu ?


halbo 24/03/2010 12:18


Dans le Petit Robert je trouve aussi grognonne, mignon, non?


Lika 24/03/2010 01:02


Un journal de récriminations, en somme, les Français aiment bien ça. Moi, j'aime mieux tes romans.


jean-paul 23/03/2010 17:19


Oui, il a déjà existé, bien sûr, il a même été imprimé en bonne et due forme, mais cela interdit-il de le remettre au « goût du jour » ? Toute chose qui a existé existera de nouveau, et toute chose
qui n’a jamais existé existera, tôt ou tard (devise du jour). Toto.


Une Petite Rue D’Angoulême

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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

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Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.