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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 10:21

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Le pays de Robert Walser est fait de montagnes, de vallées, de plaines paresseuses ou de capricieuses collines. Les alpages juvéniles succèdent aux immémoriales forêts, et les paisibles prairies aux vergers délicats. Il neige. La tendre rive des lacs apprivoise de gentilles bourgades endormies, les sources murmurent d’étonnants secrets dans les creux de verdure. L’orage du soir d’été monte au-dessus des cimes. L’automnale pluie frappe au carreau de la fenêtre. La mansarde est silencieuse et danse à la flamme primesautière de la chandelle. Le pays de Robert Walser est immense et minuscule, prodigieusement insignifiant et considérable, c’est le pays de l’écriture, — quand elle s’invente ingénument d’enfantins horizons. Mais comment écrire quand on échoue sciemment à devenir ce qu’il convient d’appeler un homme de lettre ? Comment écrire quand vous vous sentez expatrié du pays même de l’écriture, et que votre présent songeur semble vous exclure du cours du monde et vous renvoyer l’image d’un éternel narrateur anonyme ? (in Le matricule des anges, n° 138, novembre-décembre 2012)

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commentaires

www.howtowindows.com 03/12/2013 12:37

I like the information and sharing here you have for the readers about the The country of Robert Walser and this is one of the best read so far. Reading such detailed and good quality information is like visiting the place itself and I am thankful.

Lika Spitzer 13/11/2012 23:54

Oui...

Pascale 09/11/2012 08:26

« Bientôt tout ce que je voyais et entendais me parut froid, étranger et petit. Ce que les gens appellent la vie, je ne l'ai jamais compris. Leurs petites larmes et leur petit rire me devinrent
toujours plus étrangers, toujours plus incompréhensible. Je n'avais aucune part à leurs joies brusques ; je ne comprenais pas leurs souffrances. J'étais toujours calme et maîtresse de moi. Ni
l'inquiétude ni la peur ne m’atteignent. » Robert Walser, Marie, éditions du Rocher, 1999.

l’auteur 09/11/2012 00:29

« Un vent glacé mugissait et sifflait dans les rues mornes. Un vent implacable, et tout était sombre, morne et désespéré. Toutes les bonnes inspirations, toutes les bonnes pensées étaient perdues
et moi-même, j’étais perdu. Tout ce qu’il y a de bon, de doux et de beau était perdu, sans espoir. » Robert walser, L’abandonnée, traduit par Marion Graf, éd. Zoé.

Pascale 08/11/2012 19:11

En effet Camille, alors que Walser, c'est tout le contraire... Qui est l'auteur de cette citation, Jean-Paul ?

Une Petite Rue D’Angoulême

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  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

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Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.