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6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 12:12

Nikolai-Semionovitch-Leskov--retrato-de-Walentin--copie-1.jpg

« Reiner imaginait alors une plaine, un espace infini qui ne fût ni limité par des montagnes, ni menacé par des avalanches. Tout au long de cette vaste étendue se déroulaient de larges bandes bleues — des fleuves —, se dressaient çà et là d’épaisses forêts, des champs immenses ondoyaient, et une forte odeur d’épis de chanvre et de fleurs stériles, un peu étouffante, imprégnait l’air. De loin en loin, dans cette vaste plaine on voyait de pauvres villages habités par des gens qui ignoraient presque toutes les commodités de la vie ; plus rarement encore, de pauvres églises où le peuple portait son chagrin, sa joie. Ici, tout se faisait lentement, doucement, la tête baissée. Lancinante et mélancolique, la cloche de l’église la plus proche sonnait derrière la colline, et plus lancinante, plus mélancolique encore, la chanson dont le sens était contenu moins dans ses paroles que dans les “ah !” et les “oh !” qui les accompagnaient et qui vous fendaient l’âme se figeait dans l’air. Là-bas, il y avait la veilleuse argentée qui brillait faiblement au-dessus d’une châsse en argent, sa mère, Robert Blum et son père qui préconisait de moins parler et de ressembler à soi-même… » Nikolaï Semionovitch Leskov, Vers nulle part, traduit par Luba Jurgenson, L’Âge d’homme, 1998 ; portrait de l’auteur par Walentin Serow, 1894).

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commentaires

Lika 16/05/2010 23:14


Je me doutais d'une réponse comme celle-ci. Oui, tout y est. Kitty, elle, était toute triste que personne ne vienne lui parler de son Casse-noisette. Elle, n'est jamais prévisible. Chacun de ses
pétales est singulier.


larry fleyt 13/05/2010 00:01


C’est marrant, Lika, que tu dises que je ne viens jamais sur ton blog… juste trois fois par jour… En plus tu parles des trop longs billets qui découragent toute lecture et tu as raison, mais les
tiens sont bien souvent démesurés… Je ne comprends pas ce donnant-donnant de la réciprocité. En plus je crois qu’un blog doit être moins « privé » (ce n’est pas une machine du type « brosse à
reluire » amicale) — c’est une publication après tout. Il y a une distance à respecter je crois. Même si on se raconte dans un blog ou dans ses commentaires, il faudrait tout de même y mettre un
peu les « formes », d’après moi. Pour finir, rien ne t’oblige à lire mon blog de toute façon. Je ne t’en voudrais pas. Toto.


Lika 12/05/2010 13:42


Jamais tu ne viens sur mon blog - ou si rarement... Alors je deviens paresseuse pour les longs billets... Je ne les lis même pas. Caar un de mes "fondamentaux est la réciprocité.


Une Petite Rue D’Angoulême

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  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.