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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 12:13
norac 
Il n'y a pas d’urgence à vivre. Personne ne me couvre de poudre blanche. Janvier vaque sans moi à son désordre. L’hiver fait des pointes, ne danse pas. Pas de faulx dans les prés, que des semaines à enterrer ou des marais sans poissons brillants. Comme un enfant je joue sous la première grêle. Je ferme les yeux pour ne plus avoir d’âge. Je lance çà et là des balles d’ombre. Je couds la nuit entre moi et vos rêves. Elle tient. Je fais mon temps, je respire. Tout ce qui passe sépare les humeurs. Je me perds si souvent qu’au fond je m’y retrouve, errant posé bien carré sur le seuil. Il n’y a pas d’urgence à vivre. Mon pouls régulier, presque trop, m’emmène où l’on ne m’attend pas et c’est un ciel fourbu en moi qui se relève. (in Lamento)

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commentaires

Lika 15/01/2010 02:49


Dommage que la page de Lamiel, que tu nous avais offerte, ne soit pas là pour l'aider à appareiller vers le large...


Pascale 08/01/2010 15:44


"On se croit toujours vivant, alors que notre vie éphémère est semblable à la neige qui fond de l'intérieur sans qu'on s'en aperçoive. Et, cependant, combien de résultats n'attendons-nous pas, en
nous entêtant dans notre vaine assiduité !" Urabe Kenkô, Les heures oisives


Pascale 08/01/2010 12:31


Ah... vous aussi ! J'aime lire Carl Norac (à La différence aussi, il y a de beaux livres de lui et en jeunesse...)


Une Petite Rue D’Angoulême

  • : le ciel au-dessus de la rue
  • le ciel au-dessus de la rue
  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.