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23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 23:06

thomas_bernhard.jpg

Pour l’attribution du prix Grillparzer de l’Académie des sciences de Vienne il fallait que je m’achète un costume, car j’ai soudainement pris conscience, deux heures avant la remise solennelle, que je ne pouvais décemment me présenter habillé d’un pull et d’un simple pantalon à cette cérémonie indubitablement extraordinaire, et j’avais donc bel et bien décidé, alors que je me trouvais sur le Graben en plein centre de Vienne, de rejoindre l’artère commerçante du Kohlmarkt et de m’habiller avec la solennité appropriée ; à cet effet, je me rendis au magasin de vêtements pour hommes que je connaissais déjà fort bien pour y avoir acheté plusieurs paires de chaussettes, et qui portait le nom tout à fait significatif de Sir Anthony ; si je me souviens bien, il était dix heures moins le quart lorsque je pénétrai dans la boutique Sir Anthony, la remise du prix Grillparzer était prévue pour onze heures.  J’avais l’intention de faire l’acquisition d’un costume, de prêt-à-porter certes, mais alors au moins en pure laine et de la meilleure qualité, couleur anthracite, avec cela des chaussettes assorties, une cravate et une chemise de chez Arrow, très raffinée, rayée gris-bleu. Thomas BernhardMeine Preise, traduit par Daniel Mirsky, Gallimard, 2010. 

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commentaires

Lika 01/09/2010 02:48


Ca alors! Je n'ai pas réalisé l'autre jour, en voyant ce Thomas Bernhard à la librarie de Gisela que c'était ce livre, dont tu parlais ici. Je ne savais même pas qu'il venait de sortir. Je ne lis
plus les journaux et n'écoute pas la radio. Heureusement que toi, tu m'envoies quelquefois des CD d'émissions enregistrées...! merci !!! Donc j'ai acheté ce livre sans savoir que ton billet en
était le début. Dans le métro, j'étais tellement accrochée, que j'ai loupé ma station et qu'il m'a fallu revenir à pied. Et il pleuvait ! Mais je m'en fichais. Le livre irradiait.


Lika 25/08/2010 23:34


Thomas Bernhard - un de mes auteurs préférés ! ! ! Et ma libraire qui ne l'aime pas beaucoup... Elle le trouve trop méchant. Mais moi, j'adore sa méchanceté vis-à-vis des Autrichiens ! (Maîtres
Anciens, en folio, je crois - et ce titre m'avait longtemps retenue de lire le livre). Mais il est bien autre chose que ça ! As-tu lu Les naufragés ?Ttu exagères, avec tes billets ! Tu donnes envie
de tout lire ou relire ! Et le boulot qu'on s'est fixé, alors ?


Une Petite Rue D’Angoulême

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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.