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17 août 2010 2 17 /08 /août /2010 12:15

HermannHesse1927.jpg

Par bonheur, comme la plupart des enfants, j’ai appris l’essentiel de ce qu’il faut savoir dans la vie avant de commencer l’école, grâce à l’enseignement dispensé par les arbres fruitiers, la pluie et le soleil, les rivières et les forêts, les abeilles, les scarabées, sans compter les leçons du dieu Pan et des idoles dansantes qui peuplaient l’armoire aux trésors de mon grand-père. J’étais au courant des choses de la vie, je frayais sans crainte avec les animaux et les étoiles, je connaissais les arbres des vergers, les différents poissons des rivières et des lacs, et je savais en outre bon nombre de chansons. Hermann Hesse, Enfance d’un magicien, traduit par Edmond Beaujon, Calmann-Lévy, 1975 (l’auteur photographié en 1927, à l’âge de cinquante ans).

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commentaires

Lika 17/08/2010 16:10


Il a bien de la chance, cet Hermann Hesse, d'être si savant ! Je vais essayer de le paraphraser un peu pour qu'on en juge :
Par malheur, comme peu d'enfants alors, je n'ai rien appris de ce qu'il faut savoir de la vie avant de commencer l'école, par la faute des adultes mortifères qui gouvernaient ma vie. Recluse, soit
dans un pensionnant, soit dans une chambre d'hôtel ou d'appartement, je n'avais accès qu'au fouillis des armoires de ma mère. Jamais mise au courant des choses la vie, on ne me permettait de frayer
ni avec les animaux, ni avec les poissons - hormis ceux qui gisaient, recouverts de sauce, méconnaissables, dans nos assiettes - et je n'avais le droit de chanter que de mornes cantiques en latin,
qu'il me fallait apprendre par cœur.


toto larry fleyt 17/08/2010 12:46


Je crois qu’Hermann H. revenait tout juste d’un voyage en Inde, et qu’il avait pris le soleil de Siddhārtha Gautama, et des forêts bengales, et de tous les mots sanscrits des légendes déroutantes
et merveilleuses (il faudrait, enfin, étudier de très près les extraordinaires et fascinants pouvoirs UV des légendes indiennes !)


kitty 17/08/2010 12:33


Oh mais dis donc, il y avait encore du soleil à cette époque-là !
Hermann devait écrire au jardin, assurément.


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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.