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30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 22:28
En cette période où Nerval caressait le rêve de faire un second séjour en Orient, ce fut Gautier qui, cette fois, se rendit à Istanbul. La vitesse et l’expension des navires à vapeur avaient réduit à onze jours la durée du trajet entre Paris et Istanbul. Gautier séjourna soixante-dix jours dans cette ville et publia ses impressions dans les journaux auxquels il collaborait, et les rassembla immédiatement dans un livre intitulé Constantinople. Cet ouvrage épais, très populaire et traduit en plusieurs langues, est, après le Contantinopoli de l'écrivain italien Edmondo De Amicis, édité vingt-cinq ans plus tard à Milan, le meilleur de tous les livres sur Istanbul écrits au XIXe siècle. Comparé à celui de son ami Nerval, le récit de voyage de Gautier témoigne de plus de savoir-faire, d’organisation et de fluidité. Cela tient au fait que Gautier est feuilletoniste, qu’il publie dans la presse des articles sur l’art et la culture et des romans en feuilletons (quelque part, il compare cette situation à celle de Shéhérazade obligée chaque nuit d’inventer une histoire), et que son écriture répond toujours à l’urgence et au souci d’être divertissant de celui sachant qu’il doit chaque jour faire parvenir un texte au journal. (Ce qui lui valut les critiques de Flaubert.) Mis à part les clichés habituels sur les sultans, les femmes, les cimetières et les sujets rebattus, ces faiblesses de journaliste firent de son livre sur Istanbul un grand reportage urbain. La valeur que prendra ce reportage aux yeux de ceux, qui comme Yahya Kemal et Tanpinar, développeront plus tard une image d’Istanbul pour les Stambouliotes, réside dans le fait que tout en procédant d’un côté comme un journaliste de talent, de l’autre, suivant les conseils de son ami Nerval, Gautier pénètre dans les « coulisses » de la ville, s’aventure dans les faubourgs, les quartiers délabrés, les rues obscures et sales, et fait pour la première fois sentir au lecteur que l’Istanbul miséreux et désolé a autant d’importance que les images touristiques. Orhan Pamuk, Istanbul, souvenirs d’une ville, traduit du turc par Savas Demirel, Valérie Gay-Aksoy et Jean-François Pérouse, Gallimard, 2007.

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Une Petite Rue D’Angoulême

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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.