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17 octobre 2010 7 17 /10 /octobre /2010 10:41

Maurice-de-Vlaminck-Portrait-de-Guillaume-Apollinaire-Los-A.jpg

Je n’ai pas eu le temps de récupérer mon bel exemplaire des poésies complètes de Guillaume Apollinaire, dans la collection de la pléiade, que j’avais prêté à un détenu, — qui devait me le rendre dans l’après-midi. Jeudi matin Monsieur le Directeur de la prison, dans le bureau duquel je fus invité à me rendre pendant la pause de l’atelier d’écriture au quartier des femmes, me signifia qu’il m’interdisait l’entrée de la prison parce que j’avais fait passer un petit mot d’un détenu à une détenue. Voilà toute l’affaire. Le jeudi après-midi de la semaine précédente, ce détenu voulut écrire un petit mot à une détenue qu’il ne connaissait pas, et dont il vit le nom sur la feuille de présence. Ce garçon d’une vingtaine d’années n’écrivait pas et paraissait s’ennuyer ferme. « Vous lui donnerez ? » Je répondis aussitôt « Oui, la semaine prochaine ». Heureux, il écrivit alors une dizaine de lignes sur une feuille de papier quadrillé. « Vous pouvez la lire », me dit-il en me tendant la feuille. Je le remerciai, mais refusai de lire un courrier personnel (dans lequel il devait vraisemblablement quémander d’une façon aussi maladroite que touchante un bout d’amitié). Il plia la feuille en quatre et me la donna. Je la glissai dans le classeur. Jeudi matin, je remis donc, comme je l’avais promis, le petit mot à la jeune détenue qui le rangea dans son classeur, en m’annonçant, presque méchamment, qu’elle ne lui répondrait pas parce qu’elle ne le connaissait pas. Par un magnifique et mystérieux tour de passe-passe, la fameuse lettre se trouvait dix minutes plus tard sur le bureau de Monsieur le Directeur, — et le pauvre vaguemestre, debout devant lui, accusé de la pire des inconsciences (« Que penserait un juge s’il apprenait que vous faire circuler un courrier entre les détenus, dont certains sont en cours de jugement ? ») Réellement Monsieur le Directeur, je ne savais pas du tout que c’était interdit de transmettre un courrier interne, ni même d’avoir, surtout, avec les détenus, la moindre innocente complicité. Je me suis retrouvé illico presto à la porte. Il faisait grand soleil sur la place. J’avais bêtement perdu un boulot qui m’aurait permis de vivoter jusqu’en février. Maurice de Vlaminck, Portrait de Guillaume Apollinaire (1904-1905), painting, oil on board mounted on canvas (53,98 x 44,45 cm). Gift of Marion Smooke in memory of her husband Nathan SmookeLos Angeles County Museum of Art.  

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commentaires

Lika 24/10/2010 01:28


J'aime bien ce texte.


halbo 21/10/2010 16:00


Innocent? Un écrivain? Non, Monsieur! La bagne et rien d'autre. Où va une société qui ne se débarrasse pas d'individus aussi inconscients et dangereux que vous pour l'Ordre Public et Immoral?!


Kitty 17/10/2010 12:58


Peut-être même qu'en d'autres lieux, d'autres temps, l'écrivain d'atelier de prison se serait lui-même retrouvé en prison, à cause de ce "crime".
Un autre écrivain serait alors venu animer un atelier d'écriture, auquel aurait volontiers participé l'écrivain... Il serait alors "amusant" qu'il amenât un ou deux textes de Kafka, si monsieur le
directeur l'autorisait, ce qui est loin d'être évident.


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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.