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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 21:51

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C’est dans cette berline blanche (une Ford) qu’un jour de bel été j’ai emmené Joan Fontaine un week-end en ballade jusqu’à Dallas. Nous n’avions rien à faire, ni elle, ni moi. Elle était très sage près de moi, son vanity-case sur les genoux, — j’aimais beaucoup ses grands genoux, avec la doublure en soie claire de sa jupe qui en caressait l'éclat mat. Parfois elle gardait les yeux fermés. Depuis une tripatouillée de miles nous avions éteint la radio, — et ni l’un ni l’autre ne parlions plus. Nous nous étions réfugiés dans nos pensées, comme on dit. J’avais l’impression absurde de connaître ses pensées, — et, à vrai dire, elle ne pensait pas du tout à moi, Joan Fontaine. Qu’étais-je pour elle ? un petit journaliste à la manque, un type de préférence silencieux, et qui ne la ramenait pas à tout bout de champ. « Vous ne passez pas de vitesse ? » me demanda-t-elle sur l'expressway. « C’est une automatique », fis-je. Vous voyez ? pas du tout le genre de type à lui en mettre plein la vue à Joan Fontaine. Photographie Bernard Plossu

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commentaires

Lika 05/01/2011 23:52


Pardon pour les deux erreurs : Un "u" de trop au deuxième Fontaine, Et le prénom de "Reine", notre bonne, fervente cinéphile, sans qui je serais probablement en HP pour la vie... Elle était
justement le contraire de "rien" ! Sortie première au certificat d'études du canton, elle avait été placée dans une famille à l'âge de douze ans ! Aucune faute d'orthographe. (Soupir.) En lisant
"Les mémoires d'une femme de chambre", de Mirbeau, je reconnaissais beaucoup de ses souvenirs.
Merci Larry, pour ce joli texte. Je comprends que tu aimes Joan Fontaine.


Lika 05/01/2011 23:42


Joan Fontaine ! J'avais six ou onze ans. Rien nous emmenait au cinéma tous les soirs, quand notre grand-mère était à Lamalou-les-bains. Je pleurais en voyant "Lettre d'une inconnue". Ce film, et
avant, "la petite sirène",d'Andersen, m'ont longtemps donné à croire que les femmes aimantes étaient vouées à la tristesse et au sacrifice.
D'ailleurs Joan Fountain est un nom de pleurs...


Une Petite Rue D’Angoulême

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il devient écrivain

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« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.