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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 22:11

apollo.jpg

La veille, j’avais dormi chez Tante Elsa, du côté de Brooklyn, et je m’étais baladé au hasard des rues. On aurait dit, à me voir, que je me la coulais douce. Tante Elsa m’avait demandé ce que j’allais faire. Je ne sus répondre. Lui dire que je comptais en finir au plus tôt ? Ça n’aurait pas été gentil, — il était préférable d’éviter ce sujet de l’avenir. Il fallait la laisser rêver (quand elle rêvait, Tante Elsa devenait atrocement jolie, vrai). Elle m’avait acheté ce billet pour l’Apollo. Ça faisait une trotte, mais je suis revenu à pied. C’est ce soir-là que j’ai été le plus seul dans ma vie. J’étais si seul que je ne faisais même pas un… un quoi au juste ? La route est longue jusqu’à Brooklyn certain soir de juillet.  

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commentaires

Lika 17/12/2010 00:31


Ta joie m'a touchée, Jean-Paul, réchauffée.
De toute façon, t'inquiète, je suis bien couverte ! Je vais dire comme toi : "c'était sur le blog du" mercredi 1er décembre... Le titre du billet était "Plus protégée que les feuilles", je crois.
Je vais aller vérifier. Bonne nuit! J'ai une tarentelle de Chostakovitch à travailler tout doucement, Philippe prétend que ça le berce !


larry 16/12/2010 00:26


Merci, merci Lika pour tout ce que tu me dis. Tu sais, j’avais essayé d’en parler, moi aussi, du Comme seules, c’était sur le blog le dimanche 24 octobre, cette histoire qui s’écrit à côté de
l’histoire, mais ce n’était pas très clair. Toute cette affaire est assez sombre, — finalement. Merci de ta lecture.
Je vais mettre un petit gilet, le temps fraîchit. Tu es bien couverte, toi ?


Lika 15/12/2010 23:28


Oh ! j'ai oublié un "r" ! Ton livre s'appelle "comme seules savent aimer les femmes", et il ne faut PAS aller voir à la fin avant d'avoir tout parcouru. Je ne l'ai pas fait. Et j'en suis contente.
Quand même, presque jusqu'au bout je me demandais ce que la façon qu'ont les femmes d'aimer venait faire là... Tu es un grand écrivain. (Et toi, tu sais que je ne suis pas inauthentique.)
Et puis ça m'a amusée, la façon dont tu parles des pieds à sérums. C'était si juste !


Lika 15/12/2010 23:05


Justement, j'ai une amie, et je me suis aperçue que c'est une tante Elsa. Quand je lui ai dit que je n'aimais pas la vie, elle m'a dit qu'elle me sentait inauthentique. Alors qu'elle a lu beaucoup
de choses que j'ai écrites.
Alors, dis-moi, les gens qui lisent, ils ne lisent donc pas ?
Heureusement j'avais ton "comme seules savent aime les femmes", que je lisais tout doucement, car je m'étais fait des promesses de travail et il fallait les tenir.
Heureusement que j'avais ton livre ! Mais que faire, maintenant ? Eh bien le relire, et puis retrouver "La joie de vivre" qui semble son frère... Et puis écouter de la musique.


Une Petite Rue D’Angoulême

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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.