Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 22:48

Il y a toujours des jeunes gens qui sont tristes, qui marchent à pas pesants, seuls, jusque sous les marronniers devant la mairie, et, seuls, ils s’en reviennent bientôt tout aussi tristes et à pas tout aussi pesants, pendant que des garçonnets se courent après à perdre haleine entre les danseurs, qui glissent sur le plancher installé sur la petite place. Les lampions donnent une lumière bleue et jaune contre le ciel qui n’en finit pas de caresser la nuit d’été. Georgette danse avec Rémy, Émilienne avec Lucien, et, un peu à l’écart, parce qu’elle est timide, Monette avec le grand Baptiste. On ne sait plus trop où on en est avec l’amour, ce soir, ni même si c’est bien d’amour qu’il s’agit. Baptiste doit partir bientôt, — c’est encore plus doux et plus déchirant d’avoir un amoureux qui a préparé sa petite valise, ou son balluchon, et qui vous regarde stupidement sans savoir de quoi il se souviendra quand il pensera à vous, tout là-bas, derrière la mer. « Dis, tu m’écriras quand tu seras arrivé ? » Baptiste fredonne les paroles de Ramona. Oui, pour sûr, il lui enverra bien une lettre ou deux à la Monette, mais avant il faudra quand même qu’il apprenne à écrire, un peu, — s’il veut lui dire qu’il pense bien à elle, et que tout son corps se souvient de son corps à elle, pendant qu’ils dansaient, ce soir-là, au village.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Kitty 10/02/2010 21:16


Et puis il y a ces lampions accrochés au grand marronnier ! Je n'aurais pas du boire tous ces petits blancs, je crois bien que je vais aller dormir dans l'herbe quelque part au bord du chemin.


Une Petite Rue D’Angoulême

  • : le ciel au-dessus de la rue
  • le ciel au-dessus de la rue
  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
  • Contact

visites

Recherche

il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.