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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 23:04

lapin-copie-1.jpg

Tel que vous me voyez j’attends patiemment que ma copine ressorte du magasin. Elle est allée encore s’acheter des gants, un imperméable, deux shorts, trois jupes, des escarpins, une robe du soir longue comme une journée sans luzerne et pas moins de douze chemisiers, — tout ça. Elle m’a dit ce matin : « Je n’ai vraiment plus rien à me mettre, et la saison arrive à grands pas où il faudra que je sois présentable. Tu ne voudrais pas qu’au printemps je ne puisse pas mettre un museau dehors ? » J’ai fait le type rudement compréhensif, vous pensez.  Oui, bien sûr, s’il ne s’agit que de ça, on ne va pas se mettre à mégoter, n’est-ce pas ? Il faut quand même s’habiller quand on est une demoiselle de son époque. Je trouve juste que ça prend tout de même un peu de temps depuis trois plombes (et il commence à pluvioter). Mais je suis un gars optimiste, je pense qu’elle va bien finir par ressortir d’ici peu derrière un sourire aussi grand que ses paquets. Ce soir, je vais dormir sur mes deux oreilles, — c’est moi qui vous le dis.    

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commentaires

jean-paul 18/02/2010 10:58


En fait, j’ai oublié de préciser que cette rue commerçante est une réserve de chasse (pas fou le lapin !) et il n'y a donc aucun danger qu’un fusil se soit embusqué lâchement derrière une plante
verte… Au lieu de s’acheter caleçon et chaussettes, je pense que ce lapin philosophe devrait plutôt acquérir une jolie carabine (à deux coups, — par exemple).


Kitty 18/02/2010 09:03


C'est surtout qu'à rester comme ça à rêver, ce lapin prend le risque de ne pas voir quelqu'abominable chasseur embusqué. Lapin, tu devrais aller t'acheter un caleçon, huit chaussettes, une douzaine
de chemises, une casquette et une jolie écharpe couleur carotte !


Lika 17/02/2010 23:41


"Un sourire aussi grand que ses paquets". J'aurais aimé l'avoir écrit. C'est tout dire, n'est-ce pas. Dommage qu'il ne s'est pas mis à neiger, cela aurait été encore plus beau.


Une Petite Rue D’Angoulême

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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

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Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.