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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 23:34

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Quand j’ai rencontré Tristessa elle avait les cheveux longs, une frange qui cachait ses grands yeux bleus et une petite tache de naissance sur le cou. Elle portait souvent une robe à pois, conduisait une Simca décapotable et vivait avec un homme. Cet homme était un artiste ; il venait du nord de l’Europe et était à la fois poète, peintre et musicien, que sais-je encore ? Il était aussi beaucoup amoureux de Tristessa. Je les ai observés tous les deux, et je me suis demandé si elle l’aimait autant qu’il l’aimait. Je me suis demandé aussi si, moi, je n’étais pas en train de tomber amoureux d’une fille comme elle. Non, pas une fille comme elle (« une fille comme elle », ça n’existait pas), si je ne tombais pas amoureux de Tristessa, — tout simplement. Quand je la regardais, tout de suite Helberg entrait dans mon champ de vision. Helberg était déjà vieux, mais drôlement doué dans tout ce qu’il entreprenait, artistiquement d’une part, et dans sa vie privée aussi ; après tout Tristessa vivait avec lui, qu’elle fût ou non amoureuse de lui. Je sentais confusément que mon histoire avec Tristessa ne commençait pas sous les auspices les meilleurs, mais savez-vous, vous, comment on peut s’arranger pour ne pas être amoureux de Tristessa ? (photo © Weegee.)

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Une Petite Rue D’Angoulême

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il devient écrivain

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« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

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Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.