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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 19:15

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Voici onze lettres que Jerome David Salinger adressa à son voisin Michael Mitchell qui habita, lui aussi, à Westport dans le Connecticut. Ces quelques pages dactylographiées vont être bientôt dûment exposées à la Morgan Library de New York. Dans ces lettres j’imagine que « Jerry » lui dit qu’il aime la vie, les soirées de printemps dans le Connecticut (où l’une de ses nouvelles résidait en compagnie d’un certain Wiggly, un oncle déglingué, si je me souviens bien), ou encore les parties de ping-pong embrouillées avec une nièce rebelle (« Je te dis que je mène 20-14, c’est ma première balle de match dans la deuxième manche, et je te rappelle à tout hasard, ma chère Phyllis, que j’ai remporté la première haut la main 21-7 ! ») Jerry n’écrit plus. Il se sent fatigué. Ce soir Claire a préparé de savoureux nachos, — youpi ! (photo New York Times)

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commentaires

Lika 18/02/2010 00:06


Dans quel livre y avait-il ce passage si beau où il regardait sa petite soeur tourner sur des chevaux de bois ?
Et dans un autre passage - dans quel livre, aussi ? - mine de rien, Salinger faisait un cours sur la différence entre sensiblité et sensiblerie. Le petit garçon avait une énorme envie de faire pipi
au cinéma, mais sa grand-mère pleurait à cause du film émouvant, elle voulait pleurer sans être dérangée, ne voulait rien entendre du désarroi de son petit-fils, le rembarrait durement, et nous
lecteurs, on VOULAIT que le petit puisse aller aux cabinets, on la détestait.


Une Petite Rue D’Angoulême

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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.