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1 septembre 2010 3 01 /09 /septembre /2010 19:54

gautama buddha (©Merlijn Hoek)

Cet après-midi, je cherche un mot et je ne le trouve pas. Ni lui non plus. Nous sommes passés à côté l’un de l’autre sans nous voir, même de loin. Peut-être ce mot n’existe-t-il pas, — ni moi non plus. Nous devrions cependant nous entendre du côté du non-être. J’écris une histoire qui se passe dans ma tête. Il y a plein de monde, que je ne connais pas. Je me demande ce qu’ils font tous là-dedans, — d’habitude, dans ma tête, c’est vide — ou quasiment. On dirait qu’ils cherchent un mot, eux aussi. Peut-être est-ce le même mot que nous cherchons tous. Je suis allé me promener sur les berges du fleuve (c’est dans ma tête que je me promène ; dans la réalité, je ne bouge guère de ma carrée). Il y avait des oiseaux, de la lumière irisée dans les feuilles des arbres, un raton-laveur qui faisait méticuleusement sa toilette. Je me suis assis dans l’herbe. Trois fourmis voyageaient de ce côté-là. J’ai fermé les yeux et il s’est mis à pleuvoir. Dans ma tête aussi il pleuvait doucement. Gautama Buddha (photographie de Merlijn Hoek, 2010).

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commentaires

Lika 16/12/2010 12:08


Une parenthèse qui s'ouvre et ne se referme pas, une virgule de trop, ce sont des choses qui arrivent sur les blogs. Mais Bouddha nous rassure.


Lika 16/12/2010 12:06


Pendant que je lisais ce billet, notre petite Putzi a émis un petit cri (je ne comprends pas ses petits cris, tout doux, je crois que c'est le silence, ici, qui la dérange ou bien le ronronnement
sourd de l'ordinateur. Quand elle entend Chopin ou Scarlatti, on voit qu'elle se sent bien. Pour l'instant, elle est collée contre mon dos. Elle attend. Elle comprend peut-être mieux la musique le
français.
Je pense comme Kitty : ton texte est beau, et ce Bouddha-là semble penser: "Oui, oui, bon, bon...", avec bienveillance.


Kitty 02/09/2010 09:36


Tout est beau ! La photo, le texte... Difficile de commenter même, tant l'ami de ce texte semble être le silence.


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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.