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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 01:08
Fazal-Sheikh.Vrindavan.2005.jpg

 

 

Vrindâvana est une ville sainte de l’Uttar Pradesh, au nord de l’Inde. On y compte près de cinq mille temples : c’est ici que Krishna aurait passé sa jeunesse, dans une boucle du fleuve Yamuna, à seulement quelques kilomètres de Mathura, où le dieu serait né. Aujourd’hui s’y réfugient des milliers et des milliers de veuves de brahmanes qui viennent y faire pénitence, — en Inde, les veuves sont considérées comme responsables de la mort de leur mari puisqu’elles n’ont pas su le protéger. Rejetées par leurs belles familles, enlaidies, rasées, maltraitées, martyrisées parfois, elles n’ont pas le droit de se remarier, ni même de prendre un amant, car un nouvel amour offenserait l’âme toujours vivante de leur mari défunt. À Vrindâvana elles se recueillent, prient et chantent à la porte des ashrams, — pour quelques grains de riz et un abri de fortune. À bout de forces et de vie, elles arrivent de partout, certaines du Bengale ou encore, ayant voyagé souvent sans ticket en troisième classe dans le Mathura Toofan Express, du Bengladesh où un raz de marée a fait basculer leur destin.  Elles ont tous les âges, douze ans, trente ans ou quatre-vingt ; elles sont vêtues des traditionnels saris blancs de leur deuil infernal et ressemblent à de fragiles fiancées de la mort. Elles n’ont plus de vie, plus rien, — et doivent encore se faire oublier d’un monde qui les oublie.
Fazal Sheikh, in Moksha, éditions Steidl, 2005)
 

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Une Petite Rue D’Angoulême

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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.