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18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 15:54

danse

Il faisait froid dans ma tête, — il y avait du brouillard, et je me demandais comment m’y prendre pour m’approcher de mon texte (j’essaye d’écrire ce bout de texte pour le conservatoire de musique). Alors de petites idées se sont mises en route, puis elles ont gambadé avant de se mettre à danser. Elles avaient l’air heureux. Quand on est heureux, ce sont les pieds les premiers informés, ils se mettent au-dessus du sol, — comme si, quand on est heureux, on n’avait vraiment plus besoin du sol pour exister. Les petites idées dansaient, ce matin, avec le froid, le brouillard, et les rêves.

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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 22:00

Le cheval n’est pas un cheval, c’est le rêve de l’homme. L’homme ne sait pas qu’il rêve, jusqu’à ce qu’il souffre. Tout à coup le rêve surgit du brouillard dans la lande froide de l’hiver. Quand l’homme souffre et rêve en même temps, il apprend à philosopher sur la cime du ciel. Bientôt le philosophe devient fou, et il n’aime plus que les chevaux lointains de sa jeunesse oubliée. Béla Tarr, Le cheval de Turin

 

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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 09:58

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« Oui elle se trouvait souvent dans un état de grande vulnérabilité. Et cela lui était apparu clairement quand elle était allée à la police, pour leur demander protection. Ils l’avait traitée en quantité négligeable. Ils n’auraient pas eu la même attitude si elle avait été la fille d’un industriel ou d’un notaire de la région. Mais elle n’avait aucune famille, ils la considéraient come une fille de rien, le titre d’un roman qu’elle avait lu. Le policier, en examinant son passeport périmé, lui avait demandé pourquoi elle était née à Berlin et où étaient ses parents. Elle avait menti : un père ingénieur des mines habitant Paris et souvent à l’étranger avec sa femme ; et elle, ayant fait de bonnes études chez les sœurs de Saint-Joseph à Thônes et au pensionnat de La Roche-sur-Foron. » Patrick Modiano, L’horizon, Gallimard.

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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 23:31

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Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais un tout nouveau restaurant vient d’ouvrir ses portes au bout de la rue d’arc. Les nappes à carreaux rouges et blancs sont gentiment posées sur les tables qui débordent sur le trottoir avec leurs petites chaises pliantes. On peut y acheter du tabac, boire de la bière, et Bourvil et Léonard Cohen passent régulièrement sur le tourne-disque. Toute cette semaine, au menu, garbure, garbure et garbure. Sur la fin, ça devient un genre de potée, mais on dirait qu’il en reste toujours ; en dessert, mousse au chocolat et blanc-mangé maison. Le rouge charentais de Segonzac coule à flot. Les clients sont tous des habitués : ils ont leur prénom pyrogravé sur leur rond de serviette rangé dans les casiers. L’ambiance est plutôt bon-enfant. On y court déjeuner ou dîner autant pour la cuisine savoureuse que pour y apercevoir Catherine touillant dans ses marmites en esquissant de savants pas de tango devant ses fourneaux.     

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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 14:18

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A l’époque, je devais avoir neuf, dix ans, je fis un voyage jusqu’à Threeroses, — dans le Montana. Pour cela je traversai la moitié du pays, et, une fois arrivé, il ne me resta plus qu’à revenir à mon point de départ, c’est-à-dire chez moi, à Fontaine, dans l’Indiana, où je me morfondais communément comme un pauvre malheureux. J’étais déjà salement amoureux de Daisy, la fille de l’épicier au coin de Mainstreet, pas très loin du temple. Je me demande si ce n’est pas à cause de cette mijaurée de Daisy que j’entrepris si stupidement cette virée jusqu’à Threeroses. Je n’étais pas d’un tempérament particulièrement fugueur, non, et l’esprit d’aventure m’avait épargné jusqu’alors. Alors quoi ? qu’est-ce qui me prit d’aller à bicyclette jusque dans le fin fond du Montana (ai-je seulement cru, un moment, qu’il y aurait là-bas un trésor qui m’attendrait ?) Le vélo, ce n’était pas même le mien, mais celui de mon grand-père. Il n’avait pas de freins. Il n’y en avait pas non plus sur mon cœur lorsque je repensais aux cheveux de Daisy, — où à ses petites mains fines et intelligentes quand elle rendait la monnaie au magasin. (Photographie de Lewis Hine)

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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 15:19

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Midnight. Après tout, je vis tout simplement au jour le jour ; pour tout ce qui n’est pas mon travail, j’adopte la ligne de moindre résistance, à cause de mon travail. Les autres artistes connaissent-ils cette nécessité intérieure, cette soif, jamais étanchée, ce désir, jamais assouvi, jamais apaisé ? Je crois qu’il y eut un temps où j’aurais pu m’arrêter moi-même, des jours, des semaines se seraient écoulés ; mais maintenant ce n’est même pas une heure. Je le sens dans l’air, j’en suis imprégnée… Alors, Catherine, quel est donc ton plus grand désir, à quoi aspires-tu si passionnément ? Je veux écrire des livres, des romans, des pièces, des poèmes. Katherine Mansfield, Journal, à la date du 6 septembre 1911 (traduction de Marthe Duproix, Anne Marcel et André Bay, éditions Stock, 1973). 

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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 23:07

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Dimanche, par chez nous, c’est le jour de la lessive. Que je vous dise comment ça se passe : de bon matin, Kitty galope dans toute la maisonnée pour ramasser les draps, les torchons, les serviettes, les chemises, les culottes, bref tout le linge sale qui traîne un peu partout et qu’on garde même parfois au fond des panières du même nom, puis, ayant adroitement manœuvré la brouette pour la sortir de la buanderie, elle la charge de son baquet et la voilà partie toute guillerette en sifflottant jusqu’à la rivière, en amont du moulin, là-bas, là où les eaux lourdes viennent clapoter sur la pente douce de la rive. Le jour est debout depuis à peine une heure et les premières libellules caressent le miroir de l’eau. Kitty aime les libellules. Quelquefois il arrive que l’une d’entre elles vienne se poser tout près d’elle sur la roue de la brouette pour lui dire « bonjour » de toute la dentelle de ses ailes bruissantes. Il faut dire que mademoiselle la libellule a déjà terminé sa lessive, elle. Kitty n’en est qu’au fastidieux rinçage. Cela prend beaucoup de temps, beaucoup. Elle reviendra vers les midi à la maison, avec de bonnes pommes si elle est passée par le verger. L’après-midi, après avoir accroché le linge au fil, elle souffle un peu, occupée à ses travaux d’aiguille. En début de soirée, quelquefois, pendant que la tarte aux pommes cuit dans le fourneau, elle s’ennuie un peu ; hier, elle a commencé à écrire un gros roman dans son cahier à petits carreaux.    

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2 octobre 2011 7 02 /10 /octobre /2011 19:01

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Dans de vieux carnets, des cahiers déchirés ou d’antiques chemises écornées, il m’arrive parfois de retrouver des bouts de chapitres oubliés de romans adolescents. J’en relis timidement les lignes hésitantes sous la lampe au secret du soir. Je sens que je vais commettre un drôle de péché d’immodestie si j’avoue qu’ils me consolent de ma vie errante, — après tout, me fais-je la remarque, elle ne date tout de même pas d’hier, en somme, cette funeste brûlure romanesque. Je me pose bientôt de terribles et embarrassantes questions : si seulement je savais comment on écrit un roman, ou encore : est-ce que je sais ce que c’est, au juste, un roman ? à quoi cela sert-il ? Je doute qu’on puisse se sentir délivré d’avoir écrit un bout de roman (« seulement on l’aura écrit », me murmure la petite voix diaphane de la gentille souris qui me sert de confidente les soirs de pluies), ni même qu’on voie sous un autre angle les choses autour de soi. Non, au final, cela ne change rien. Quand je tourne les maigres pages oubliées, je me représente parfaitement dans quel état d’esprit je me trouvais alors, la plume à la main, grifonnant mes fantômes d’histoires, — et je retrouve cette majestueuse faiblesse à laquelle vous condamne un désir d’écrire trop brouillon.

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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 21:48
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10 septembre 2011 6 10 /09 /septembre /2011 12:51

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C’est une belle journée d’été, vous descendez un peu vers le Sud, en obliquant légèrement à l’Est, pour vous arrêter au détour d’une départementale, avant Toulouse et Montauban, dans un village qui sourit au milieu des terres brunes et jaunes, et qui domine son horizon de tourterelles. Nous sommes à Lauzerte. Après un sérieux raidillon, vous parvenez dans les ruelles ombreuses et leurs maisons silencieuses. Vous marchez en vous perdant lentement, et, tout à coup, émerveillé, vous débouchez enfin sur la place pavée envahie par les tables et les chaises des terrasses des deux cafés qui s’y cotoient rudement dans un angle rustique. Ça tombe bien, c’est l’heure de l’apéro, — Kitty est déjà attablée et lève gentiment son bock de bière rousse à la santé des sauterelles, des moineaux, et des boutons d’or. Edouard ManetBuveuse de Bocks, 1878.

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Une Petite Rue D’Angoulême

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  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
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il devient écrivain

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« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

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Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.