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21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 11:44

Mikhail-Afanassievitch-Boulgakov.jpeg

DANS LA MAISON AUX SINGES. Donc, vers le 13 janvier 1622 à Paris, un premier-né fragile fit son apparition chez monsieur Jean-Baptiste Poquelin et son épouse Marie Poquelin-Cressé. Le 15 janvier, il fut baptisé à l’église Saint-Eustache et prénommé en l’honneur de son père Jean-Baptiste. Les voisins félicitèrent Poquelin et la corporation des tapissiers sut qu’un nouveau tapissier et marchand de meubles était venu au monde. Mikhaïl Afanassievitch Boulgakov, Le roman de monsieur de Molière.

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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 17:17

articlekafka.jpg

C’est une page du dernier Monde des livres, que je n’avais pas vue, et que je découvre sur la petite table du salon chez Catherine et Patrick. « Kafka et ses amours impossibles ». Oui, elles sont toutes là, apparemment, Julie, Felice, Milena, Dora, — mais il n’y a pas la petite coquine près de laquelle il fut photographié, une fois, sur un divan en compagnie d’un chien (je crois qu’il y a un chien entre eux, et si l’on devait écrire un vrai livre sur Franz Kafka, je pense qu’il faudrait que ce soit ce chien, et personne d’autre, qui s’en fasse l’admirable narrateur). Je bois mon café et je rêve en regardant le célèbre portrait de Franz, chemise blanche et cravate club. Son regard est malheureux profondément (cela irait-il avec les impossibles amours du titre ?), son œil droit vous fouille et ne vous voit pas, son œil gauche est perdu dans le vide, — et c’est lui, intense, qui vous regarde. (Meschers-sur-Gironde, samedi matin)    

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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 13:18

plage royan

Le matin, autour de huit heures, la lumière étire sur la plage nue les ombres des palais, qui deviennent de vrais châteaux de sable. L’embouchure de la Gironde est mon pays d’enfance. Elle est restée sous le même ciel, dans une vie de sieste et de cerfs-volants. L’océan est en avril, et l’immense Gironde dans son automne de mélancolie.

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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 10:32

rose-copie-1.jpg

Je suis allé à l’enterrement d’une rose, il faisait grand soleil et il pleuvait, et mon cœur était triste et joyeux dans le haut arc-en-ciel d’avril.

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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 15:33

BernardPlossucafMontparnasse1978.jpg

Elle vient de se retourner au milieu de son ennui, — non, ce n’est toujours pas Jean-Marc, Jean-Marc est un spécialiste des rendez-vous manqués. Elle l’attend depuis cinq heures, elle n’est plus à une heure près. Jean-Marc s’arrange toujours pour qu’elle ne soit pas seule : aujourd’hui il a délégué Claude pour lui tenir compagnie. « Tu crois qu’il viendra ? » Claude fait la moue. Comment savoir avec Jean-Marc ? il est peut-être parti à Chartres, ou à Marseille, carrément. « Alors j’ai le temps d’aller me remaquiller un peu, tu m’attends ? »  Bernard Plossu, Montparnasse 1978.

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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 16:40

miss-bertillot.jpg

Je passe de moelleuses journées dans la panière à linge sur la mezzanine de l’appartement, et, depuis quelques jours, j’ai un copain, un drôle de chat de gouttière qui passe son temps à se balader sur les toits, — comme il se doit. Il fait semblant de ne pas m’avoir remarquée, mais je sais bien qu’il sait. Je suis là, juste derrière la vitre, et je le regarde faire le malin à sautiller d’une tuile à l’autre. Je vais bientôt aller le rejoindre et lui montrer comment je sais sauter, moi aussi, qu’est-ce que vous croyez ? que je vais rester là à me tourner les griffes sans rien faire ? je pourrais même pousser un peu sur la droite jusqu’au conservatoire, et écouter de la clarinette (ou de la contrebasse) !

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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 10:50

arseniev

Je me rendis dans une papeterie, j’achetai un gros cahier relié en moleskine noire. De retour chez moi, tout en buvant mon thé, je me disais : « Oui, assez tergiversé. Je vais surtout me consacrer à la lecture. S’il m’arrive d’écrire, ce sera simplement sous forme de notations brèves, pour fixer au fil de la plume des pensées, des impressions, des observations… » Et, trempant ma plume dans l’encrier, je calligraphiai avec application : Alexis Arséniev. Notes. Ivan Bounine, in La vie d’Arséniev.

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29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 00:14

draughtsman.jpg

C’est pendant qu’on taille la plume que l’écriture se met obscurément en mouvement, et je cherche désespérément, depuis hier, comment on pourrait appeler ou décrire ce mouvement particulier (rien n’est encore écrit, et pourtant l’écriture est déjà là). Il peut même arriver que l’écriture s’anime bien avant, pendant qu’on marche dans la rue (où allait-on sinon à la rencontre des mots ?), quand on fait la vaisselle, ou encore, plus usuellement, au moment de s’endormir. C’est alors qu’un simple mot nous apparaît, et, avec lui, dans son sillage innocent, toute une panoplie de mots voisins qui forment le savant aréopage d’un pêle-mêle envoûtant, dont l’inspiration fera tout bientôt un délicat fourre-tout littéraire. Comment appeler cela ? — une rêverie raisonneuse peut-être. L’écriture se tiendrait à mi-chemin entre divagation et réalité, vous exilant aussi bien de l’un que de l’autre, sous l’horizon du désir.  Jean-baptiste Chardin, Jeune dessinateur taillant son crayon, 1737, musée du Louvre, Paris.

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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 23:32

tu-mio.jpg 

Dans la librairie, j’ai hésité un petit peu à acheter ce livre d’Erri De Luca qui vient d’être publié en poche, — mais je l’ai déjà quelque part dans un coin de la bibliothèque. A propos de ce livre, j’ai pensé que la page la plus importante d’un livre, c’est la première, sa couverture, — c’est là que vient s’inscrire le désir de le lire et d’appareiller dans son histoire. Avec la photographie sur la couverture, le désir s’infléchit, s’incurve, — s’appartient. (A la réflexion je préférais la photographie sur la couverture de la première édition, un soir de soleil brûlé, un jeune homme en short assis sur le haut d’une plage, dans le flou grésillant de la lumière jaune. Erri De Luca dans son apprentissage de l’amour. Erri De LucaTu, mio, in folio, Gallimard, — première traduction (Danièle Valin) éditions Rivages, 1998.

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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 19:50

ascenseur-pour-l-echafaud.jpg

La vie est un peu compliquée ces derniers temps (elle l’était aussi avant, bien sûr, mais peut-être moins, — en tout cas j’avais l’impression que j’allais finir par y comprendre quelque chose, mais je crois qu’avec la vie, ça n’est pas la peine de s’y essayer). Tout l’après-midi, je me suis demandé comment j’allais m’y prendre pour m’en sortir. Je me suis mis dans de sales draps, c’est certain, et maintenant je n’arrive plus à rêver ma vie. C’est la vie qui me rêve. Maurice Ronet et Lino VenturaAscenseur pour l'échafaud, de Louis Malle, 1958.

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Une Petite Rue D’Angoulême

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  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

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Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.